Bâle … (mais lisez !)

Quand j’étais enfant, Bâle était pour moi la merveilleuse fenêtre sur le monde. Je me revois le vendredi soir, accompagnant ma mère qui conduisait la «Peugeot 404» de Belfort à Bâle pour aller chercher mon père à l’aéroport : j’étais si fier de faire ainsi partie de la vie de mon héros !

Revenons sur terre: il était juste de retour de ses voyages d’affaires ! Mais dans mon regard d’enfant, il revenait sans nul doute de l’un de ces «voyages extraordinaires» de Jules Verne…

À un moment, quelque chose ne s’est pas passé comme prévu dans ma vie, et au lieu de devenir un explorateur genre Indiana Jones, je suis devenu un banquier… Désolé ! Par chance, cela ne m’empêche pas de vivre, d’aimer, d’avoir à faire face à des difficultés, comme tout un chacun … Pour le dire autrement : les banquiers ont aussi une vie humaine à mener.

Mais revenons à notre sujet, car Bâle n’a rien perdu de son mystère depuis qu’il est devenu pour moi un «Comité».

En réalité, DEUX comités :

  • l’un est le «Basel Committee on Banking Supervision» («BCBS»). Son mandat est «d’améliorer la compréhension des principales questions de supervision et d’améliorer la qualité de la surveillance des banques dans le monde». Waouh ! Un tel mandat, et en plus, la vie à Bâle!… Je sais de quoi je parle!
  • l’autre est le «Group of Governors and Heads of Supervision» (le «GHOS»). C’est l’organe de surveillance de la première … pas un job facile !

Quand on parle de surveillance financière, il est de bon ton de commencer par souligner l’importance de la construction d’un «système financier ouvert et résilient», etc, etc …. Mais essayons d’être intellectuellement honnêtes : en réalité, dans une économie moderne, la question se résume assez vite à un choix politique entre la résilience du système financier et le dynamisme de l’économie. Et ce choix se matérialise par le niveau de « levier » financier que l’on est prêt à accepter collectivement dans une société. Au lieu de dénigrer les banquiers comme tout le monde, les politiciens seraient bien avisés de réfléchir à ce qu’est le niveau d’effet de levier qu’ils veulent atteindre : celui qui satisfait aussi la vie des citoyens, les demandeurs d’emploi, les consommateurs (finalement électeurs, au cas ou cette catégorie intéresserait nos politiques … ).

Tout le monde est d’accord là-dessus, et dans les économies développées, il y a un large consensus autour de l’idée que le programme initial de «Bâle III» a amené le système bancaire à une sorte d’équilibre (et grâce à la politique d’assouplissement quantitatif de la Banque centrale européenne, sans trop de conséquences en Europe en termes de croissance et d’emploi). Et si les marchés sont inquiets au sujet de Commerzbank ou de Monte dei Paschi, ils devraient se tourner vers le superviseur de ces banques qui a les moyens d’exiger la constitution de plus de capital en cas de craintes spécifiques (on appelle cela des exigence de «Plllier II»), sans contraindre macro-économiquement tout le système financier.

Tout le monde est d’accord, à part le BCBS : celui-ci suggère maintenant d’adopter de nouvelles règles, essentiellement alignées sur le système américain, s’éloignant de l’approche européenne, fondée sur le risque (ce qui explique que, pendant la crise financière, aucune banque française, par exemple, n’ait eu à faire appel au renflouement par le contribuable). Ces nouvelles règles auraient des conséquences importantes en termes de crédit, non seulement en Europe, mais aussi dans le reste du monde (seuls les États-Unis seraient partiellement protégés).

C’est ce que l’industrie bancaire appelle (le futur dira si c’était à tort) «Bâle IV».

Ces propositions sont sur la table : elles ont été préparées par le «BCBS» basé à Bâle, en vue de leur adoption par le «GHOS » dans les prochains mois, avant de devenir les lignes directrices de tous les superviseurs et les décideurs publics dans le monde.

Le secteur bancaire a fourni toutes les données explicatives nécessaires.

Et maintenant, nous sommes à l’instant de vérité : soit les membres du «GHOS» ne comprenaient pas ces données et les conséquences que ces mesures auraient sur la croissance et l’emploi dans le monde (en particulier en Europe et au Japon) et alors : «Houston, nous avons un problème»…

Ou alors ils souffrent d’un manque de courage, celui de «deux heures après minuit» cher à Napoléon, ce moment dans la nuit où vous n’êtes plus tout à fait sûr que le soleil se levera à nouveau. Ce moment difficile que vous avez parfois à faire face dans votre vie personnelle aussi … (je prie mes amis britanniques «Brexit», de me pardonner cette référence à Napoléon).

Nous sommes confrontés à des conditions météorologiques difficiles. Nous sommes «deux heures après minuit» à de nombreux égards : sans un peu de courage, nous ne réussirons rien.

Pour revenir à mon père, mon héros, celui que nous allions chercher le vendredi soir à l’aéroport de Bâle avec la «Peugeot 404»… tout est une question de courage.


Iconographie : tableau de bord d’une Peugeot 404, 1965, collection personnelle. Post publié à l’origine en anglais sur LinkedIn.


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