Brexit : l’appel du large

Avec une hauteur de 2,62 mètres et une largeur de 3,69 mètres, le tableau est réellement impressionnant. Cette peinture de William Turner constitue probablement aujourd’hui le chef-d’œuvre du Greenwich National Maritime Museum.

Quelques années après avoir vaincu Napoléon à Waterloo, aidé par les Prussiens, le roi George IV commanda une série de travaux afin de lier la dynastie hanovrienne à son succès militaire. Cette peinture est l’un d’entre eux.

La bataille de Trafalgar, le 21 octobre 1805, fut un combat naval mené par la marine britannique, conduite par l’amiral Lord Nelson à bord du HMS Victory, contre les flottes alliées des marines française et espagnole, au cours de la «guerre de la troisième Coalition ». La victoire britannique confirma de façon spectaculaire la suprématie navale que la Grande-Bretagne avait acquise au XVIIIe siècle. Nelson fut abattu par un mousquetaire français pendant la bataille et mourut peu de temps après, devenant l’un des plus grands héros de guerre en Grande-Bretagne.

Turner portait un grand intérêt et s’était particulièrement investi dans ce travail en particulier et dans l’histoire de la bataille de Trafalgar en général. Pourtant, le tableau suscita « de nombreuses critiques en raison de son approche non chronologique de la victoire de Nelson ainsi que pour ses nombreuses allusions au lourd tribu payé par les soldats pour permettre le triomphe de la Grande-Bretagne en mer » (Turner’s Battle of Trafalgar Gallery).

Cela fait un an aujourd’hui que la Grande-Bretagne a voté pour quitter l’Union européenne et a choisi de répondre à l’appel du large …

C’était un jeudi, et avec une certaine ironie, et aussi parce que j’étais un peu pessimiste sur le résultat du vote, j’ai posté sur les réseaux sociaux un lien vers la chanson « Hello, Goodbye » des Beatles sur YouTube:

« Tu dis stop et je te dis d’y aller, d’y aller, d’y aller, oh non
Tu dis au revoir, et je dis bonjour
Je ne sais pas pourquoi tu dis au revoir, alors je dis bonjour … « 

 

Lorsque l’on perd quelqu’un de proche, ou lors de la mort d’un être cher, tout le monde passe par les étapes du chagrin et du deuil, qui sont universelles, et ce peu importe la culture à laquelle on appartient. Elisabeth Kübler-Ross, dans son livre de 1969 «Sur la mort et l’agonie», propose sa classification des cinq étapes du deuil bien connues: déni, colère, négociation, dépression, acceptation.

Bien-sûr, les personnes en deuil ne passent pas nécessairement par les étapes ci-dessus dans le même ordre ou ne les expérimentent pas toutes. Nous passons souvent d’une étape à l’autre avant d’accepter plus facilement la perte. Beaucoup d’entre nous n’ont pas le luxe d’avoir le temps nécessaire pour accomplir cette dernière phase de deuil.

Depuis le vote, David Cameron a démissionné, Theresa May est devenue premier ministre, l’article 50 a été déclenché et les conservateurs ont perdu leur majorité après avoir déclenché des élections anticipées au début de ce mois.

Sur le plan économique, comme le montrent les chiffres les plus récents publiés par la Banque d’Angleterre, la croissance des salaires en Grande-Bretagne ne suit pas l’inflation, de sorte que les revenus réels ont commencé à baisser. À mesure que cette tendance se poursuivra au cours des prochains mois, les ménages se rendront compte que leur niveau de vie baisse et ils devront ajuster leurs habitudes de consommation. Pour aggraver les choses, ils se rendront également compte qu’ils sont devenus surendettés et devront donc se désendetter, réduisant ainsi encore davantage leur consommation, si longtemps le soutien de l’économie britannique.

La réalité économique est renforcée par une réalité politique très difficile.

Pourtant, le discours de la Reine prononcé mercredi a confirmé officiellement que le Royaume-Uni avait l’intention de s’en tenir à la dure approche du «Brexit, çà veut dire Brexit», comme l’avait exprimé le discours de Theresa May à Lancaster House en janvier. Cela a été confirmé par les premières discussions compliquées à propos des droits des citoyens, lors du Conseil européen qui s’est tenu cette semaine à Bruxelles.

Le fait qu’une reine malicieuse ait prononcé un discours décrivant la feuille de route du Brexit coiffée d’un chapeau ressemblant à un drapeau européen ne nous aidera pas à accepter la perte d’un ami si proche au sein de l’Union européenne…

Mais au moins, cela devrait nous rappeler que ces britanniques plein d’humour sont toujours européens.

Et qui sait ? Les marins reviennent au port un jour !


Iconographie : William Turner, La Bataille de Trafalgar, 1822-1824, huile sur toile, 2,615 x 3,685 m, © National Maritime Museum, Greenwich, London.


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