« Cà doit être green ! OK ? »

La Commission européenne a publié aujourd’hui le rapport final de son « Groupe d’experts de haut niveau sur la finance durable » (HLEG en anglais).

Il a été créé le 22 décembre 2016 à la demande de la Commission européenne pour donner des conseils sur l’élaboration d’une «stratégie globale de l’UE en matière de finance durable». Il comprenait 20 experts de haut niveau issus de la société civile, du secteur financier et des milieux universitaires, ainsi qu’un nombre limité d’observateurs d’institutions européennes et internationales. La mission du HLEG consistait à fournir des recommandations à la Commission sur la manière de (i) mieux intégrer les considérations de « durabilité » dans la politique financière de l’UE, (ii) protéger la stabilité du système financier contre les risques environnementaux, et (iii) mobiliser des capitaux, notamment à partir de ressources privées, pour financer des investissements et une croissance durables.

J’ai utilisé le passé car avec ce rapport final, le mandat du HLEG s’est achevé aujourd’hui.

Ce rapport, je l’ai lu attentivement.

La première recommandation du rapport est «d’établir et de maintenir une taxonomie commune de la durabilité au niveau de l’Union Européenne».

Si j’étais un membre du HLEG, je serais probablement fier de pouvoir dire à mon petit-fils – j’ai eu la chance d’être un très jeune grand-père – que j’ai contribué à préparer son avenir en aidant à promouvoir la «taxonomie», une « branche de la science qui englobe la description, l’identification, la nomenclature et la classification des organismes » selon Wikipedia.

En effet, le commun des mortels, vous, moi considérera d’abord ceci comme une histoire de technocrate de Bruxelles! Mais en réalité, derrière ce jargon européen, c’est la première question à se poser : que signifie « durable »?

Laissez-moi vous raconter une histoire (vous avez probablement compris maintenant que j’aime ça!) : début janvier, j’ai eu l’occasion de passer quelques jours à la campagne. Suite à l’histoire du glyphosate, j’ai décidé, sous la tendre pression de ma femme, de recourir à une manière plus écologique de désherber la cour de la maison au printemps prochain.

Dans la rubrique « jardinage responsable » d’une grande chaîne de distribution, j’ai donc résisté à la tentation de m’en remettre à mon habituel « Roundup », et son équivalent moins connu en termes de composition, le « Fertiligène ». Puis je me suis tourné vers les produits dits « d’origine naturelle ». Oubliez ! Dès que vous l’analysez un peu, vous trouvez dans leur composition des molécules dont la dangerosité est probable.

En tous les cas, ce qui est certain, c’est que la qualification de « jardinage responsable » ne s’applique pas à ces produits (au fait, et même si je ne prétends pas faire un blog sur le jardinage, une seule solution semble ne présenter aucun risque sur le plan environnemental : le vinaigre blanc).

À un niveau plus macro, l’histoire est plus ou moins la même : si l’Europe veut mobiliser des capitaux à une grande échelle pour le développement durable, elle a besoin d’un système de classification techniquement robuste, qui éclaire le marché sur ce qui est «durable».

La « taxonomie », c’est cela :

  • identifier dans quelles conditions ou selon quels critères un investissement donné contribuera t’il aux objectifs de durabilité de l’UE ;
  • permettre la croissance du marché en orientant les flux de capitaux vers des actifs qui contribuent au développement durable ;
  • aligner ce système sur les objectifs déclarés de la politique publique de l’UE, y compris la mise en œuvre de l’accord de Paris et les ODD.

Pour les praticiens, derrière ce mot qu’on croirait choisi pour s’assurer que les citoyens ne comprennent rien (pourquoi cette obsession des régulateurs européens de ne pas être compris, je ne sais pas!), la « mère de toutes les batailles »!


Iconographie : l’acteur Christopher Tucker, concluant la célèbre scène de Ruby Rhod, « çà doit être green ! », dans « Le Cinquième Elément », un film français de 1997, réalisé et coécrit par Luc Besson.


« Think before you print ! »
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