En plein déni

Il y a quelques jours, le chanteur des Rolling Stones, Mick Jagger, a sorti deux chansons politiquement lourdes de sens, et ciblant ce qu’il considère comme l’incertitude et le surréalisme qui imprègnent la politique à l’ère du Brexit et de Donald Trump.

Une chanson, intitulée « England lost », représente la vision railleuse de Jagger sur le divorce entre la Grande-Bretagne et l’Union européenne. La seconde, « Get a Grip », décrit un monde « à l’envers » plein de « fous et de clowns ».

« Le poète a toujours raison », a déclaré le poète français Louis Aragon. Et oui, tout cela est très décevant !

Le 16 septembre, il y a plus de 10 mois, j’ai publié un long article sur LinkedIn à propos des discussions sur le Brexit.

À l’époque, j’avais l’impression que le premier ministre britannique, Theresa May, et son équipe se trouvaient dans une situation dangereuse de déni des conséquences de la sortie de la Grande-Bretagne de l’Union Européenne. L’inquiétude suscitée par les attentes irréalistes de la Grande-Bretagne commençait déjà à être un sujet de discussion central au sein de ce qu’il faut bien appeler pour l’instant l’ «EU27».

Et, avec un peu d’ironie, j’ai raconté cette vieille histoire commençant par « il était une fois » :

En Perse il y a plusieurs siècles, le sage Nasruddin fut arrêté après avoir prêché des enseignements peu orthodoxes devant le palais du Shah. Traîné par des gardes du palais dans la salle du trône du Shah, il fut immédiatement condamné à mort.

Au moment où il était emmené cependant, Nasruddin cria au Shah: «O grand Shah, si tu m’épargnes, je te promets que d’ici un an j’aurai appris à chanter à ton cheval préféré !

Admirant l’audace du vieil homme, et étant d’un naturel très joueur, le Shah accepta la proposition, promettant d’exécuter la sentence initiale si d’ici la fin de l’année, le cheval ne chantait pas.

Le matin suivant, Nasruddin était dans l’écurie royale, commençant ses leçons au cheval royal. L’animal, cependant, était plus intéressé par son avoine et son foin que par le vieil homme, et l’ignorait superbement. Les palefreniers et les garçons d’écuries se moquaient de lui: «Toi, vieux fou, qu’as-tu donc fait en promettant d’enseigner au cheval du Shah à chanter? Cela est voué à l’échec ; et quand le Shah le réalisera, il ne te fera pas seulement tuer mais tu seras aussi torturé pour t’être moqué de lui! »

Nasruddin se tourna vers le groom et lui répondit: «Au contraire, j’ai déjà beaucoup accompli. Rappelez-vous, j’ai reçu une année de vie supplémentaire, ô combien précieuse. De plus, d’ici 1 an, beaucoup de choses peuvent arriver: je pourrais m’échapper. Ou je pourrais mourir d’une autre façon. Ou le Shah pourrait mourir, et son successeur amnistier tous les prisonniers afin de célébrer son accession au trône. Ou encore le cheval pourrait mourir. Ou … « 

Nasruddin sourit: « ou, peut-être que le cheval pourrait apprendre à chanter? »

À l’époque où j’ai raconté cette histoire, il y a dix mois, j’ai tenté d’en tirer des conclusions optimistes, affirmant que ce que disait cette parabole était que, dans la vie personnelle, commerciale ou politique, on ne perdait jamais rien à dialoguer.

Mais comme je l’ai dit, il y avait de l’ironie dans l’histoire aussi !

Nous sommes déjà quatorze mois après le vote …

Whaou !


Iconographie : cheval harnaché et sellé, emmené par un palefrenier, feuille d’album papier, Inde, dynastie Mughal, fin 18ème siècle, 23.4 x 17.8 cm © the Trustees of the British Museum, UK. Une grande partie de ce post (l’histoire de Nasruddin) a été publiée à l’origine en anglais sur LinkedIn.


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