Fluctuat etc …

Nous y voilà : les dirigeants des deux principaux partis populistes italiens vont maintenant commencer à accuser les investisseurs d’essayer de les « faire chanter » (c’est le mot qu’ils ont utilisé hier) face à leur tentative de former un gouvernement, en vendant des actifs italiens …

En même temps, à Bruxelles, les différents acteurs du processus législatif discutent de la meilleure façon d’organiser le renflouement d’une banque défaillante en révisant la directive sur le redressement et la résolution des défaillances bancaires (BRRD). Ils devraient entrer dans la phase finale des discussions à l’automne prochain … pour le dixième anniversaire de l’effondrement de Lehman. Dix ans pour résoudre le problème ! En français, le mot «résolution» signifie aussi «détermination» …

Conformément aux traités européens, l’initiative est venue de la Commission Européenne, qui a proposé une révision de la BRRD en novembre 2016 dans le cadre de ce qui est communément appelé à Bruxelles le paquet «Mesures de réduction des risques». Le Conseil voudrait se mettre d’accord sur son propre projet lors de la prochaine réunion Ecofin, le 25 mai, ouvrant la voie aux habituelles négociations en trilogue avec la Commission européenne et le Parlement.

L’un des enjeux est de définir quel devrait être le montant minimum de dette «subordonnée», à  maintenir au passif du bilan des banques, dans la foulée des décisions prises au niveau mondial par le G20 et le Conseil de stabilité financière pour les institutions systémiques. Pour les banques, la dette subordonnée est un moyen coûteux de se financer, les détenteurs de ce type de dettes étant supposés être appelés immédiatement après les actionnaires pour absorber les pertes et attendant d’être rémunérés pour ce risque. Mais c’est aussi la garantie que les déposants ne subiront pas de pertes car celles-ci auront d’abord été absorbés par les créanciers juniors, le concept même du «bail-in».

À la veille des derniers arbitrages politiques attendus des ministres, le débat porte toujours sur le niveau de subordination et la latitude laissée à l’autorité de résolution pour aller au-delà. Mais il concerne aussi le périmètre des banques concernées par les exigences.

Dans le texte original du Conseil, toutes les banques de moins de 75 milliards d’euros seraient exemptées de ce minimum de subordination (mais pas du reste!). La presse révèle ce matin une version « fuitée » du conseil, du 7 mai, suggérant un seuil plus élevé fixé à 100 milliards d’euros au lieu de 75 milliards d’euros.

La France et les Pays-Bas ont déjà consolidé leur secteur bancaire. Aucune exemption pour eux. L’Allemagne a de petites banques d’épargne qui sont en dessous du seuil dans tous les cas. Le Pirée, la plus grande banque de Grèce, est également clairement sous le seuil des 75 milliards tandis que Caixa Geral de Depositos, la plus grande banque portugaise, est à un peu moins de 100 milliards d’euros.

L’Italie sera évidemment affectée par le niveau qui sera finalement décidé. En juin 2017, ce pays a manifesté une claire réticence à faire payer les principaux créanciers de Banco Popolare di Vicenza et de Veneto Banco (qui au passage totalisaient moins de 75 milliards d’euros d’actifs), alors qu’au même moment, l’Espagne le faisait sans aucun état d’âme avec Banco. Popular.

Le rendement de l’obligation italienne à 10 ans a atteint 2,12% hier, ce qui porte le spread de rendement Italie-Allemagne à 143 points de base, en dessous de la moyenne à long terme de 2,01%. C’est une preuve que jusqu’à présent, les marchés ne croient pas que l’alliance du Mouvement Cinq Etoles et de la Ligue du Nord appliquera les mesures qu’elle a annoncées… ou alors, ils ne les ont pas lues !

Jusque là donc, tout va bien, si l’on met de coté le fait que l’Italie ne jouera pas la Coupe du Monde.

A Paris, nous disons : « Fluctuat nec mergitur »  … Espérons donc !


Iconographie : Poterie d’Italie du Sud, 1250-1300 AC, © Musée de Corinthe (collection personnelle)


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