« House of Cards »

Ma passion pour la politique américaine trouve ses racines dans l’enfance.

Mon grand-père maternel avait en Bourgogne ce que nous appelions à l’époque dans la famille, un «manoir». Il était composé de plusieurs bâtiments, entourés de vignes et d’arbres fruitiers. Au moment de la sieste, quand l’été devient si étouffant, nous cherchions refuge dans une remise que mon grand-père utilisait pour empiler ses livres et ses magazines.

Nous laissions là les heures les plus chaudes s’écouler, avant de retourner à l’exploration des vignobles. Et j’apprenais quasiment par cœur ces magazines, qui relataient les événements les plus marquants du cœur des années cinquante et soixante : l’élection et l’assassinat de Kennedy, la guerre du Vietnam, la victoire de Nixon, le Watergate…

Je raconte cette histoire pour dire à quel point j’étais fier et heureux d’avoir ce matin un rendez-vous avec un membre de l’équipe en charge de la politique financière du Président Trump. Bon, soyons honnêtes : en raison de quelques imprévus de dernière minute et d’un manque de temps pour les résoudre, nous n’avons pas eu l’occasion de rentrer DANS la Maison Blanche.

Mais nous avons pu rencontrer quelqu’un qui travaille A la Maison Blanche ! Un homme extrêmement brillant je dois dire, loin de l’idée que l’on peut se faire en Europe de l’administration Trump !… Nous avons également eu des rendez-vous aujourd’hui avec le département du Trésor.

Pourquoi la Maison Blanche et le Département du Trésor ?

Le 24 février, dans une chronique initialement publiée sur LinkedIn et republiée ici, j’ai écrit à propos du lancement du processus de révision de la réglementation financière des États-Unis. Quelques jours auparavant, sous l’influence de Gary Cohn, le Président avait publié un décret exposant les plans de la Maison Blanche dans ce domaine et définissant sept «principes fondamentaux» pour la réforme. Le nouveau Secrétaire du Trésor, déjà confirmé par le Sénat à l’époque, Steve Mnuchin, aidé par le Conseil de surveillance de la stabilité financière (FSOC) – qu’il préside soit dit en passant -, était alors censé indiquer au Président dans quelle mesure les lois existantes, les traités, les règlements, les critères d’archivage des documents officiels et un certain nombre d’autres politiques publiques respectaient les «principes fondamentaux».

Un premier soi-disant «rapport du Trésor» sur le secteur bancaire – 1/3 impliquant des modifications législatives, le reste dépendant des règlements émis par les organismes – a été publié le 12 juin, et un deuxième concernant les marchés financiers, les liquidités et la compensation – presque exclusivement réglementaire – il y a quelques jours, le 6 octobre. Un troisième rapport devrait être publié la semaine prochaine, qui mettra l’accent sur la gestion des actifs, l’assurance et certains produits financiers comme les ETF par exemple. Un quatrième et dernier sur l’innovation viendra plus tard.

La feuille de route du Président Trump apparaît donc assez claire. Et les documents sont faits pour cela, avec dans les deux rapports, un document de deux pages contenant des recommandations.

Ce soir, j’ai dîné avec un analyste du département du Trésor américain, qui a été très déçu d’apprendre que des deux rapports, je n’avais lu que les pages de recommandations. Mais c’est comme cela que ça marche! La politique doit être simple et exprimer une vision. C’est tout !

Retour à la banque et à la finance : les banques européennes apparaissent en retrait dans la course à la construction d’un statut mondial à donner à leurs banques d’investissements.

Cela ne devrait pas être une surprise: « Il s’agit d’une conséquence, qui était prévisible, des dispositions réglementaires de ces dernières années » disait en mars 2016 une Contribution du think-thank bruxellois Bruegel intitulée « les États-Unis dominent le secteur des banques d’investissement, est-ce inquiétant pour l’Europe?« . Et pour répondre à la question posée par leur titre, Charles Goodhart et Dirk Schoenmaker répondent : «Oui, c’est inquiétant».

Les banques d’investissement américaines sont dominantes non seulement au niveau mondial, mais aussi maintenant en Europe. Et personne ne semble se soucier de cela chez nous.

Comme le montrent clairement les deux premiers rapports du Trésor, les États-Unis ont décidé d’accroître leur mainmise sur ce secteur, comprenant que l’accès au capital est une question stratégique dans nos économies développées.

L’Europe ne l’a pas encore compris. Sous la houlette de la Fédération Bancaire Européenne, j’aurai l’occasion d’aborder ce sujet avec certains membres de la commission ECON au Parlement européen, début décembre.

Comment les convaincre ?


Iconographie : l’aile Est de la Maison Blanche, vue depuis le Département du Trésor, Washington DC, October 11th 2017, collection personnelle.


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