Le courage n’est jamais perdu

Il y a quelques semaines, dans la chaleur de l’été, je me suis hasardé à publier ici un post «littéraire» invitant mes amis et contacts à relire les nouvelles de Stefan Zweig. Au delà de cette invitation, je m’interrogeais sur sa décision de renoncer à vivre, là où Sylvain Tesson suggère au contraire de s’y abandonner.

Ce post était emprunt de complaisance à l’égard du geste de Zweig. Il était triste, voire un peu désespéré. C’est pourquoi, au delà des «like» et des commentaires, il a généré des échanges directs, riches, exigeants parfois, toujours bienveillants, avec des personnes d’ailleurs très éloignées de mes réseaux habituels. Ces échanges n’étaient au fond que la très modeste poursuite des débats qui avaient agité les milieux intellectuels, juifs autrichiens en particulier, au moment de son suicide au début des années 40.

Des échanges sur le courage de vivre et le courage d’être soi, et je lie à dessein les deux.

Qu’est-ce qui explique le courage ? Pourquoi cette énergie qui donne à certains de ne pas abandonner ? Pourquoi la résilience ?

La question est essentielle : au Bard College de New-York, un projet mené sous l’égide du Centre Hannah Arendt explore les fondements philosophiques et religieux du “courage d’être soi”: pourquoi des femmes et des hommes gardent ils le courage de l’action en conscience là où tant d’autres s’abandonnent aux lachetés individuelles ou collectives, renonçant tout simplement ?

Le courage n’est jamais perdu. Il surgit des circonstances.

Au niveau individuel, il nait d’abord du rejet, affectif en particulier : l’enfant qui ne connaît pas la tendresse d’une mère, l’handicapé dont on se détourne, l’amoureux(se) qui se voit éconduit(e), le vieillard abandonné des siens doivent trouver l’énergie de la résilience. Ils y développent d’ailleurs souvent des mécanismes très positifs : sensibilité, humour, générosité … et bien souvent, continuent inlassablement à chercher à être aimé pour ce qu’ils sont, avec leurs défauts, leurs imperfections, leur alchimie particulière.

Au niveau collectif, il nait des évènements : le désir de répondre du monde demeure au cœur des hommes, somnolent souvent, mais toujours susceptible de se réveiller. C’est ainsi face à la crise des réfugiés qu’Angela Merkel s’est récemment révélée comme l’unique chef d’Etat ou de gouvernement des 28 faisant preuve de courage, celui de proposer à son pays, sur ce sujet si douloureux, une véritable vision, fut-elle impopulaire.  La montée du péril terroriste en France a généré une hausse sans précédent des candidatures pour rejoindre nos armées, dans la réserve ou les troupes d’active. Plus loin de nous, Churchill ne serait resté qu’un alcoolique dépressif sans les évènements de 1940.

J’ai de la tendresse pour Zweig, et suis touché par sa fragilité. Mais bien sûr, il ne faut jamais renoncer.

« Je voulais que tu comprennes ce qu’est le vrai courage, au lieu de t’imaginer que c’est un homme avec un fusil à la main. Le vrai courage, c’est de savoir que tu pars battu, mais d’agir quand-même sans s’arrêter » (Harper Lee)

Ne jamais renoncer, agir quand-même, sans s’arrêter …

Bon week-end à tous.


Iconographie : David Bizet, Marathon de Paris 2014. Wikimedia Commons. Post publié à l’origine sur LinkedIn.


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