Le nouveau Houellebecq

Vendredi dernier, le jour de la sortie du nouveau Houellebecq, « Sérotonine », j’étais bloqué à la maison par des travaux de peinture dans ma cuisine, en mode France Info …

On se serait dit un jour de Black Friday. Un véritable matraquage ! Toute la journée !

Houellebecq par-ci, Houellebecq par là … Houellebecq le désespéré, Houellebecq l’anti-héros, Houellebecq #levisionnairequiavuarriverlesgiletsjaunes, Houellebecq et les bobos …

J’étais sur le point de passer sur Radio Nostalgie ou Rire et chansons !… (je ne l’ai pas fait, j’ai encore ma fierté)

De toute façon, je ne lis les livres qu’une fois qu’ils sont en format poche. Cela présente de multiples avantages : d’abord, le fait que leur vie dans l’édition soit allée jusque-là suggère une forme de qualité (quoique …) ; ensuite, comme je lis lentement, çà me permet de les trainer partout, au fond de la « poche » (comme le nom de ce format l’indique) d’un manteau ou d’une serviette ; enfin, j’ai moins de scrupules à les annoter (je suis assez maniaque avec les bouquins) …

Attention tout de même : « Guerre et Paix » en poche, même divisé en deux opus, vous fera vieillir un manteau de façon accélérée !

Bon, là, j’ai fait une exception : dès le lendemain de sa sortie, j’ai acheté « le nouveau Houellebecq »… Vingt-deux euros, çà va !

L’histoire du visionnaire des gilets jaunes, çà se discute : quiconque est doté de quelques neurones connectées entre elles et de qualités d’empathie disons dans la moyenne, sait depuis longtemps que çà ne va pas fort dans nos « Territoires » (c’est ainsi qu’on appelle maintenant dans la haute administration le monde de derrière le périphérique).

C’est vrai que sa peinture de la société est formidablement bien vue, et ces ravages d’un monde sans bonté, sans solidarité, aux mutations devenues incontrôlables.

Mais cette France là, Nicolas Mathieu, le dernier prix Goncourt, la décrit lui aussi très bien : cette France « des pavillons mal isolés et des fins de mois difficiles, d’usines qui ferment et de gamins qui rêvent d’ailleurs, d’images de bord de mer, de couchers de soleil, de filles en maillot, de morceaux d’Aerosmith » . Et avec Mathieu, on s’épargne les gang bang et la zoophilie …

Mais revenons à Houellebecq, parce qu’en vérité, j’ai beaucoup aimé !

J’ai aimé ces retrouvailles du héros avec son meilleur ami, agriculteur normand ruiné, défenseur des éleveurs menacés par la mondialisation. Et son désespoir. J’ai aimé cette fascinante et morbide capacité qu’a eu avec une grande constance le héros à détruire toutes les promesses de bonheur se présentant … ce qui nous arrive à tous, dans des proportions heureusement souvent moins vertigineuses.

J’ai aimé enfin cet espoir peut-être insensé de retrouver un amour perdu … jusqu’à finalement s’en laisser mourir.

Au bout du compte, une belle histoire d’amour, dont je n’ai réussi à me défaire jusqu’à la dernière page.

« Mes croyances sont limitées, mais elles sont violentes. Je crois à la possibilité du royaume restreint. Je crois à l’amour» écrivait récemment le nouveau Michel Houellebecq.


Iconographie : dans le métro parisien, 23 septembre 2016 (collection personnelle)


« Think before you print ! »
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