Le prix du carbone

Ci-après les points saillants d’un papier de position qui sera publié prochainement, dans le sillage des propositions du Green Deal, mais aussi en lien avec notre réponse à la consultation publique de la Commission européenne sur la stratégie dite de la « Finance Durable Renouvelée ».

Alors que l’UE vise la neutralité climatique pour 2050 et intensifie la lutte contre la dégradation de l’environnement, les secteurs financier et industriel vont devoir subir une transformation à grande échelle, nécessitant des investissements massifs.

La finance a un rôle indéniable dans cette transition car elle est le pourvoyeur de moyens pour que le virage nécessaire se concrétise.

Pourtant, le système financier dans son ensemble ne connaît pas encore une transition assez rapide. Des progrès substantiels doivent encore être réalisés pour garantir que le secteur financier accompagne véritablement les entreprises dans leur transition vers la durabilité, ainsi que pour soutenir davantage les entreprises qui sont déjà durables.

Albert Einstein a dit un jour: « Si on me donnait une heure pour sauver la planète, je passerais 59 minutes à définir le problème et une minute à le résoudre.» Même si cette assertion peut sembler extrême, cela met en évidence l’importance de définir tout d’abord quel est le problème à résoudre.

En réalité, les flux financiers suivront toujours des projets et des investissements qui ont un potentiel de rentabilité et de faisabilité. Il est donc nécessaire que les faibles émissions de gaz à effet de serre et les projets résilients au changement climatique deviennent attractifs par rapport aux activités à fortes émissions.

Cela signifie que la structure de la rentabilité doit changer pour que les flux financiers se réorientent pleinement vers une initiative durable.

Et cela implique de donner un prix à l’externalité négative causée par les activités économiques émettant des gaz à effet de serre (GES).

Le travail des principaux économistes du climat (Nordhaus, Tirole, Weitzman, etc.) nous raconte la même histoire: des contraintes crédibles et croissantes sont nécessaires sur les quantités de CO2 et sur le prix du CO2. Presque tous les économistes « académiques » soutiennent une telle solution.

Donner un prix au carbone, c’est impulser les changements nécessaires dans les schémas d’investissement, de production et de consommation, et à induire le type de progrès technologique qui peut faire baisser les futurs coûts de réduction.

L’Union européenne devrait définitivement prendre les devants au niveau mondial sur cette question de la tarification du carbone, en s’appuyant sur les nombreuses initiatives de «plafonnement et échange» ou de taxe sur le carbone mises en œuvre, en préparation ou envisagées dans le monde.

Au niveau de l’UE, une politique de tarification du carbone bien conçue devrait alors:

  • Donner à une autorité indépendante, une sorte de « Banque Centrale du Carbone », la tâche de définir la trajectoire du prix du carbone cohérente avec l’objectif de neutralité carbone en 2050.
  • Au sein du marché unique, réformer le système d’échange de quotas d’émission (ETS) afin d’augmenter ses prix et de réduire sa volatilité et laisser les États membres libres de choisir leur méthode d’imposition d’un prix unique du carbone, par un mélange d’ETS, une version nationale renforcée de l’ETS et la taxe carbone. Le point commun des différents systèmes devant être (i) la trajectoire de prix prédéfinie, et (ii) une couverture complète des biens et services consommés.
  • Mettre en œuvre un ajustement aux frontières (taxation des importations, subventions à l’exportation) permettant d’envoyer le même signal prix à tous les biens et services consommés dans l’Union, afin de répondre au problème des «fuites de carbone», et niveler les conditions de concurrence entre l’Union et ses partenaires commerciaux.

Le produit du système ETS et de la taxe devrait ensuite revenir au secteur privé (entreprises et ménages), en laissant le choix des modes de redistribution au niveau national.

Un prix du carbone élevé et croissant au fil du temps peut ne pas être suffisant pour atteindre les objectifs, mais sans la puissante incitation qu’il offre, tout cocktail de mesures réglementaires et de dépenses en capital échouera.

N’hésitez pas à me contacter si vous souhaitez que je vous passe le papier de position complet lorsqu’il sera publié.


Iconographie : la centrale électrique de Drax, dans le Yorkshire, Angleterre, Royaume-Uni © Martin Sepion


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