Le schiste, actif échoué …

Le 6 mars, les pourparlers entre l’OPEP et la Russie (ce que l’on appelle communément OPEP+) n’ont pas permis de conclure un accord de réduction de la production de pétrole dans le contexte de l’épidémie de coronavirus. Dès lors, les pays producteurs ont abandonné toutes vélléités de maintenir l’équilibre des marchés mondiaux, faisant brutalement chuter les cours cette semaine.

En pratique, cet échec de l’OPEP+ signifie qu’à partir du 1er avril, les pays sont libres de produire à volonté. Au moment où j’écris ce billet, le WTI est à 31 USD le baril, soit son plus bas niveau depuis le 11 septembre:

source: macrotrends.net

La révolution du gaz de schiste aux États-Unis avait été facilitée par trois facteurs: l’innovation, le crédit bon marché et l’indifférence à l’environnement. Mais, à ces niveaux de marché, cette industrie n’est plus viable. Il suffit pour s‘en convaincre d’analyser les coûts de production …

C’est donc un revers dévastateur pour le secteur du schiste américain (et aussi, soit dit en passant, pour les projets d’exploration et de production en eau profonde et ultra-profonde dans le monde entier).

Dans ce secteur, les taux de défaut des obligations à haut rendement pourraient atteindre un cumul de 24% en 2021, selon une note publiée par JPMorgan hier. Et ceci en supposant que le brut grimpe à 40 $ le baril cette année puis à 50 $ le baril en 2021. Si en revanche, le prix du pétrole restait déprimé à 40 $ le baril, les défauts pourraient être encore plus élevés, selon la banque.

Dans les milieux académiques, on appelle actifs échoués « des actifs qui ont souffert de pertes de valeur imprévues ou prématurées, de dévaluations ou de conversion en passifs ». Ils peuvent être causés par une gamme de risques liés à l’environnement bien sûr, mais pas seulement. Ces risques sont en général mal compris et donc mal évalués, ce qui a entraîné une surexposition importante à des actifs écologiquement non viables dans tous nos systèmes financiers et économiques.

Dans le secteur de la production d’énergie, l’Agence internationale de l’énergie définit les actifs échoués comme « des investissements déjà réalisés mais qui, avant la fin de leur vie économique (tel qu’estimé au moment de l’investissement), ne sont plus à même de générer de revenus, en raison de l’évolution du marché et de l’environnement réglementaire. »

Nous y voilà ! Avec les premiers actifs échoués de la crise que nous vivons.

« Les temps sont en train de changer », chantait Dylan ..


Iconographie: Joseph Vernet, Le naufrage d’un navire 1777 © Avignon Musée Calvet.


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