Les Conventions Démocratiques

« Je suis venu aujourd’hui vous parler d’Europe. Certains me diront : encore ? Ils feraient mieux de s’y habituer… »

C’était il y a quelques semaines : au sein du grand amphithéâtre en bois de la Sorbonne, le Président français déroulait devant un auditoire d’étudiants venus de tous les pays européens ses positions sur l’avenir du continent. Trois semaines avant, au Pnyx, une colline ô combien symbolique de la démocratie athénienne il y a près de 2 500 ans, avec une vue imprenable sur l’Acropole derrière lui, il avait également exposé sa vision de l’Europe.

Certaines personnes mal intentionnées appelleraient son programme ambitieux et détaillé de réformes un «inventaire à la Prévert», en se souvenant ironiquement du poème de ce grand poète français, listant des sujets, des images, des vues, des angles, tous plus riches les uns que les autres. Et il n’est pas difficile de remarquer dans le discours de deux heures de notre Président l’absence de priorités bien identifiées parmi tous les sujets évoqués.

Mais il faut le dire : comme aucun autre président français durant le dernier quart de siècle ne l’avait fait, le président Macron a exprimé une véritable vision, celle d’une «Europe souveraine, unie et démocratique». Et soyons honnêtes, après la victoire compliquée d’Angela Merkel lors des récentes élections au Bundestag, il est le seul chef d’État et de gouvernement en Europe à être dans une position adéquate pour le faire.

Une Europe souveraine est une Europe qui garantit la sécurité sous tous ses aspects et fait face au défi migratoire. Et qui s’attelle, entre autres choses, à construire un partenariat réel avec l’Afrique centré sur l’éducation, la santé et la question de la transition énergétique. C’est aussi une Europe puissante, tant économiquement que monétairement.

Une Europe unie et démocratique est une Europe qui rapproche progressivement nos modèles sociaux et fiscaux, et qui définit un «corridor» pour les taux d’imposition des sociétés, comme nous l’avons fait dans le passé pour les monnaies. C’est aussi, et c’est exactement l’esprit de beaucoup de mes messages sur ce blog, une Europe avec un sentiment d’appartenance.

C’est enfin une Europe qui met les peuples au cœur de son projet: «la refonte de l’Europe ne peut pas être réalisée sans les peuples, mais doit les impliquer dans sa feuille de route dès le départ», dit le communiqué de presse de l’Elysée.

Agence européenne du renseignement, Agence européenne pour l’innovation de rupture, nouveau régime de droits d’auteur pour les œuvres numériques, collège et lycée de type Erasmus … beaucoup de sujets sont sur la table. Il est temps désormais pour les citoyens européens de prendre leur part dans les discussions concernant toutes ces propositions.

Le président Macron a également abordé la nécessaire refonte démocratique de l’UE sur deux points: la nécessité de listes transnationales de candidats au Parlement européen (MEP) afin de pallier l’absence de députés britanniques à partir de 2019 et la nécessité d’une série de conventions démocratiques dans toute l’UE, où les propositions du Président pourraient être débattues et discutées. Il a déclaré que ces conventions devraient avoir lieu avant les élections européennes de 2019.

Après la vision, il est en effet nécessaire de revenir au monde réel.

« D’ici la fin de cette année, et sur cette base, nous allons lancer des conventions démocratiques à travers toute Europe. Ce sera à chacun d’entre nous de s’y inscrire s’il le souhaite » a déclaré le Président Macron. Pendant six mois, des débats nationaux et locaux seront organisés dans tous les pays de l’UE qui se seront portés volontaires, sur la base de questions communes. Ce que le Président français a appelé lors de sa campagne présidentielle les « conventions démocratiques ».

Le 30 octobre, j’ai fait partie des premiers signataires d’un papier intitulé « La société civile au coeur de le refondation de l’Europe », qui précise quelles pourraient être les conditions pour qu’une telle initiative réussisse. Pour faire court, une convention n’a d’intérêt que si elle intègre les citoyens et les membres de la société civile, et ce dans autant de pays membres que possible. Cela implique leur participation directe afin de rendre le processus de la convention réellement participatif et transparent.

La question de savoir si cela devrait aboutir au final à un vote sous la forme d’un referendum contraignant est une autre question, que nous n’avons pas abordée dans le document. A de nombreux égards, le Président français considère qu’en ce qui concerne la France, sa propre élection en mai 2017 a constitué en quelque sorte un referendum sur l’Europe. Et ceci n’est pas complètement faux (lire « La bataille des géants »).

« Et en même temps… »


Iconographie : Restauration de l’ Acropole, à Athènes, Grèce, 24 Avril 2017 (collection personnelle).


 

« Think before you print ! »
Vous avez aimé ? Partagez !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *