Les septuagénaires des César

Le 4 novembre dernier, les 4 689 membres de l’ Académie des Cesar ont nominé le film « J’accuse », de Roman Polanski dans 12 catégories distinctes. Et hier soir, Roman Polanski lui même a été nommé par ladite Académie dans celle du meilleur réalisateur, le film étant récompensé de deux autres prix.

Bien sûr, la présomption d’innocence est un principe essentiel de notre droit. Mais les faits existent eux aussi : Roman Polanski a reconnu les infractions sexuelles pour lesquelles il a été condamné. Accusé plus tard publiquement par plusieurs femmes d’agressions sexuelles et de viols (des faits aujourd’hui prescrits), il n’a jamais porté plainte en diffamation.

Distinguer l’homme de l’artiste ? En réalité, la façon dont il traite de l’affaire Dreyfus introduit une grande ambiguïté sur ce point. En laissant entendre à plusieurs reprises que la situation qui lui a été faite par les tribunaux californiens puis par les féministes, pouvait se comparer au sort du capitaine Dreyfus condamné par la justice, par l’opinion publique, par les antisémites pour un crime qu’il n’avait pas commis, Roman Polanski a brouillé les cartes.

Et disons le tout simplement : le Capitaine Dreyfus méritait sans-doute mieux !

Les membres de l’Académie des César ont-ils découvert trop tard le très bon « Juger du J’accuse«  paru dans l’opus de janvier/février 2020 de la revue Esprit sous la plume de l’historien Vincent Duclert ?

« La propension de Roman Polanski à se présenter comme une victime en se saisissant de la figure de Dreyfus discrédite à l’avance ses accusatrices (qui ont pesé les risques qu’elles prenaient en agissant ainsi) et place aujourd’hui les spectateurs de son film dans une situation inconfortable puisque, d’une certaine manière, en allant voir J’accuse, ils risquent de cautionner une telle ­stratégie personnelle. »

En vérité, nul n’était cense ignorer la volonté de l’homme et de l’artiste.

Alors pourquoi ?

Le journal du dimanche le rappelait le 8 février dernier : « Cette ­petite association qui régit les ­Césars est réputée ­opaque et ­archaïque, à l’image de ses instances dirigeantes : l’assemblée générale ne compte que 17% de femmes (8  sur 47  membres), le conseil d’administration 28,5% (6 sur  21), la moitié des membres étant par ailleurs au moins septuagénaires. »

Alors plutôt que de s’interroger à l’envi sur le message qu’a voulu envoyer cette petite association masculine vieillissante, regardons vers demain ! Merci Adèle Haenel, merci Florence Foresti : hier soir, vous avez fait honneur au cinéma français !


Iconographie : Adèle Haenel à la cérémonie des César, le 28 février 2020. © Christophe Ena/AP/SIPA


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