Nous, citoyens de l’Europe !

La Constitution des États-Unis en ses trois premiers mots, «We the People», exprime de façon claire que le gouvernement des États-Unis «existe pour servir ses citoyens». Vieille de plus de deux siècles, il s’agit de la plus ancienne charte de gouvernement au monde … avec seulement sept articles et moins de cinq mille mots (et quelques amendements depuis lors pour être tout à fait honnête).

Au moment du projet de Constitution européenne, les auteurs n’avaient pas pris assez de temps pour faire un document aussi court et clair que celui des États-Unis … et pour de nombreuses raisons, la longueur du document étant peut-être l’une d’entre elle, il fut finalement rejeté par les électeurs français et néerlandais en mai et juin 2005.

Et si l’on revenait vers les citoyens européens ? Si on clarifiait ce que nous voulons faire ensemble, « We the people of Europe » ?

Soyons clairs : je comprends et suis tout à fait d’accord que nous ne devons pas faire de confusion entre le «projet européen» et l’ « Union Européenne ». Mais c’est un fait que personne n’a suggéré d’autre moyen d’aller de l’avant. Je me souviens en France de toutes les personnes se référant à un hypothétique «plan B» lors du referendum. Mais à ce jour, plus de dix ans après le referendum, personne ne sait ce que ce « plan B » contenait réellement…

Et puis, la question est au final très simple: que pensent vraiment les citoyens de «l’Union européenne», et que veulent-ils faire ensemble à l’avenir?

Un amour retrouvé pour le projet européen …

Une enquête très intéressante a été menée par le Pew Research Center de l’Union européenne (UE) juste avant les élections présidentielles françaises. Avec 9 935 répondants, dix pays couverts (y compris le Royaume-Uni), représentant environ 80% de la population de l’UE et 84% de l’économie de l’UE, ses résultats méritent d’être analysés.

Commençons par la bonne nouvelle: les citoyens européens ont nettement amélioré leur point de vue sur le projet d’Union européenne au cours de la période récente.

Pour prendre seulement cinq des dix pays, et paradoxalement y compris au Royaume-Uni, le renversement de tendance observé après le Brexit est assez clair :

L’autre bonne nouvelle est que les jeunes Européens ont des points de vue particulièrement positifs sur l’Union européenne.

Dans les dix pays où l’étude a été menée, une médiane de 73% des personnes âgées de 18 à 29 ans a une opinion favorable de l’UE. Une autre façon de le dire est d’indiquer que 3 jeunes sur 4 ont une opinion favorable de l’UE tandis que seulement 1 sur 4 en a une opinion négative. En ce qui concerne les personnes âgées de plus de 50 ans, la médiane est de 58%.

A noter : c’est au Royaume-Uni, aux Pays-Bas et en France que l’écart entre générations est le plus important. Demandez à Theresa May: Je crois qu’elle a compris cela lors des récentes élections législatives au Royaume-Uni …

Pourtant, ces résultats ne signifient pas nécessairement que les citoyens sont satisfaits de la situation actuelle en Europe.

Dans un billet récent, j’ai cité cette phrase du poète-dissident allemand Wolf Biermann: «Je ne peux qu’aimer ce que je suis aussi libre de quitter».

C’est la vraie question, et la réponse à cette question est probablement la troisième bonne nouvelle de l’enquête: oui, beaucoup de citoyens dans ces pays européens veulent un réferendum sur l’adhésion, ce qui prouve une réelle volonté d’avoir leur mot à dire, mais non, ils ne veulent pas quitter l’UE:

Mais aussi une réelle volonté de ne pas laisser les pleins pouvoirs à Bruxelles…

Si mes amis travaillant dans les institutions européennes sont en train de lire ce post, je ne suis pas sûr qu’ils vont aimer ce qui suit.

En effet, quand l’enquête s’avance plus loin dans les détails, il faut admettre que les citoyens de l’Union Européenne ne souhaitent pas exactement, c’est un euphémisme, ce qui est inscrit dans les traités.

Alors que l’économie a commencé à se redresser dans un certain nombre de pays européens, l’opinion publique s’avère certes plus optimiste.

Mais cette conjoncture économique plus favorable ne semble pas avoir renforcé la confiance dans la conduite des politiques économiques de l’UE, en particulier dans les pays du Sud:

Les résultats sont également très négatifs si vous vous concentrez sur la question des réfugiés (même si l’on doit reconnaître que c’est une question beaucoup plus large que simplement économique):

Et le résultat logique de cette déception, c’est que les Européens manifestent clairement leur volonté de reprendre certaines compétences à Bruxelles afin de les ramener au niveau national. C’est vrai avec la question des réfugiés. C’est plus étonnant concernant la possibilité de conclure des accords commerciaux, qui relève aujourd’hui de la compétence exclusive de Bruxelles depuis 1957 ! Je dois avouer que cela est très décevant, à un moment où l’encre des accords commerciaux avec le Canada ou bien le Japon est encore à peine sèche. Seuls les Allemands souhaitent que la possibilité de conclure des accords commerciaux reste du domaine de compétence de l’UE !

Les Allemands ? Sept Européens sur dix en dehors de l’Allemagne ont un regard positif sur ce pays, et environ la moitié pense que la chancelière Angela Merkel fait les choses correctement. En revanche, une nette majorité pense que l’Allemagne a trop d’influence sur le processus décisionnel de l’UE.

L’enquête a été réalisée avant l’élection du président Emmanuel Macron en France. Depuis lors, il existe une forte volonté franco-allemande de relancer le projet européen.

C’est une bonne nouvelle, car rien ne peut être fait en Europe sans les Etats. Ce sera mieux avec plus d’Etats membres. Et ce sera parfait si les citoyens, « We the People », sommes écoutés !


Iconographie : un enfant courant après des oiseaux devant le Zappeion, dans les jardins nationaux à Athènes, Grèce, 30 Avril 2017 (collection personnelle).

Charts : PEW RESEARCH CENTER, Spring 2017 Global Attitudes Survey.


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