Politiques sociales : écouter …

Je ne sais si cela aura remonté le moral de l’équipe gouvernementale française, sur le thème « je me regarde, je me désole, je me compare, je me console » : l’OCDE vient de rendre publics les résultats édifiants d’une grande enquête portant sur la perception des risques sociaux et économiques par les citoyens des grands pays développés, et le jugement qu’ils portent sur la capacité de leur gouvernement à les gérer.

L’enquête, baptisée Risks that Matter a interrogé plus de 22 000 personnes dans 21 pays de l’OCDE en 2018.

Un grand nombre des conclusions de Risks that Matter sont assez déstabilisantes.

Les pays de l’OCDE sont parmi les plus riches du monde. Ils consacrent en moyenne plus de 20% de leur PIB aux politiques sociales, soit l’équivalent d’environ 8 000 USD par personne et par an. Lorsqu’elles sont évaluées, on observe que ces politiques fonctionnent souvent. De façon générale, les gens vivent dans un environnement plus sûr, en meilleure santé et plus longtemps. Ils atteignent aussi dans ces pays un niveau d’éducation record.

Pourtant, l’enquête Risks that Matter révèle que beaucoup de gens ne le voient pas ainsi. Seule une minorité est satisfaite de l’accès aux services tels que les soins de santé, le logement ou les soins du grand-age, et la majorité des répondants pense que leur gouvernement ne serait pas en mesure de fournir un filet de sécurité adéquat en cas de perte d’emploi ou de maladie.

Cette crainte se double d’un sentiment d’injustice : plus de la moitié des répondants affirment ne pas recevoir leur juste part, compte tenu des impôts qu’ils paient, et les deux tiers estiment que beaucoup d’autres en reçoivent plus qu’ils ne le méritent.

Pour couronner le tout, les gens jugent avoir peu d’influence sur les politiques publiques en la matière : environ 60% des personnes interrogées affirment que le gouvernement n’intègre pas les points de vue de personnes comme elles lorsqu’elles élaborent une politique sociale.

Il est frappant d’observer que ces sentiments ne se limitent pas à ceux qui sont considérés comme les laissés pour compte, c’est-à-dire ceux qui n’ont pas pu tirer parti de la croissance économique et ont été piégés aux échelons inférieurs de l’échelle des revenus. Non, le niveau des revenus ne ressort absolument pas comme un facteur différenciant en la matière.

Et du coup, dans tous les pays sauf deux, le Danemark et la France (je vous avais dit : « je me compare … »), plus de la moitié des personnes interrogées souhaitent que le gouvernement en fasse plus pour leur sécurité économique et sociale.

Pourtant, cette enquête de l’OCDE semble montrer qu’écouter les gens compte : les politiques sociales ne peuvent pas atteindre leur plein potentiel si les gens sentent qu’ils ne peuvent pas accéder pleinement aux avantages et aux services en cas de besoin. Des efforts plus importants sont nécessaires pour comprendre ce qui motive leurs perceptions, pour identifier où et pourquoi les gens se sentent en difficulté et pour écouter leurs suggestions dans la formulation et l’évaluation des aides et des services apportés.

Cela contribuera à rendre la protection sociale plus efficace et efficiente, et à rétablir la confiance dans le gouvernement et les politiques publiques qu’il conduit.

En France, on appelle cela le « Grand Débat National » …


Iconographie : tags sur un mur d’Athènes, 30 avril 2017 (collection personnelle)


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