Renforcer la zone euro : pour quoi faire ?

L’Union économique et monétaire (UEM) est le terme générique utilisé pour définir le groupe de politiques visant à faire converger les économies des États membres de l’Union européenne en trois étapes, chacune consistant en une intégration économique de plus en plus étroite. Elle a été lancée en 1992 et implique la coordination des politiques économiques et fiscales, une politique monétaire commune et une monnaie commune, l’euro.

Une fois qu’un État participe à la troisième étape, il est supposé adopter l’euro comme monnaie officielle, à l’exception du Royaume-Uni et, ce qui est plus important compte tenu qu’il est appelé à rester dans l’Union, du Danemark, deux pays qui ont obtenu une dérogation à cette obligation sous la forme d’un «opt-out ».

Au delà de l’exception danoise, cela signifie que le périmètre de l’UEM est l’Union européenne dans son ensemble. Avec une monnaie unique au bout du chemin.

La promesse de la convergence économique est au cœur de ce projet. Et au stade initial de ces politiques, les pays qui avaient les PIB par habitant les plus faibles ont effectivement connu une croissance plus rapide que les pays plus riches, avec pour conséquence logique que la dispersion du PIB par habitant entre les pays a diminué.

Mais depuis la crise, le processus de convergence réelle entre les membres originels de la zone euro s’est interrompu, et pour les nouveaux membres, la convergence a également ralenti.

En outre, la crise financière a été sévère pour les citoyens européens, en particulier les plus vulnérables d’entre eux. Le taux de croissance à long terme de la zone euro reste faible. Et les forces nationalistes de droite et autres forces centrifuges n’ont jamais été aussi fortes.

Dans ce contexte, les personnes raisonnables peuvent probablement convenir que de nouvelles réformes de l’union monétaire sont nécessaires pour renforcer sa résilience et sa durabilité. Beaucoup a été fait en matière de supervision et de réglementation bancaires, mais moins dans le domaine du pilotage et de la résolution des crises.

C’est le sens de ce que l’on appelle désormais le «programme Macron pour la zone euro». Avec trois propositions principales: la création d’un système de garantie des dépôts bancaires dans la zone euro, la transformation du Mécanisme européen de stabilité en un Fonds monétaire européen plus permanent et la création d’une union budgétaire avec un budget central de la zone euro.

Dans sa communication sur le cadre financier pluriannuel pour 2021-2027, la Commission européenne propose deux nouveaux instruments budgétaires, censés compléter d’autres fonds de l’UE pour soutenir la convergence économique :

  • un programme d’appui aux réformes offrant un soutien technique et financier aux réformes réalisées au niveau national, doté d’un budget global de 25 milliards d’euros ;
  • un nouveau mécanisme européen de stabilisation des investissements, d’un montant de 30 milliards d’euros, complétant les instruments existants au niveau national et européen dans le but d’absorber les grands chocs macroéconomiques asymétriques dans la zone euro.

Ces questions sont assez techniques, mais en fin de compte, elles peuvent être résumées très simplement :

  • comment équilibrer le partage des risques et la réduction des risques sur les marchés financiers et bancaires ? Devons-nous commencer par la réduction des risques ?
  • la procédure de déséquilibre macroéconomique (PMI pour « macroeconomic imbalance procedure ») mise en place en 2011 est-elle suffisante pour faire face à des déséquilibres macroéconomiques potentiellement préjudiciables ? Avons-nous besoin d’une capacité fiscale pour la zone euro pour lisser les cycles économiques alors que pendant la crise, les politiques budgétaires finissaient souvent par être procycliques ?
  • comment mettre l’Europe sur une trajectoire de croissance plus élevée grâce à un plan ambitieux d’investissement dans les biens publics ?

A ce jour, la position de la chancelière Merkel rend relativement improbable tout accord sur une réforme structurelle significative des institutions de la zone euro lors duConseil européen des 28 et 29 juin.

Pourtant, et même si il n’y a pas de signe d’une crise imminente, la trajectoire de risque est susceptible d’augmenter progressivement du fait de vents contraires : un recul inattendu de l’activité économique de la zone euro, la menace d’une guerre commerciale avec les USA, le Brexit …

N’ajoutons pas l’immobilisme à ces facteurs de risque !


Iconographie : Félix de Vigne, Une foire franche à Gand au Moyen-Age, 1862, huile sur toile, 168,3 x 100,5 cm. © Musée des Beaux-Arts, Museum voor Schone Kunsten, Gand, Belgique.


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