Retour en Europe

Le « European Parliamentary Financial Services Forum » m’a invité hier à participer à un débat avec des députés européens, mais aussi des régulateurs américains et européens, sur les « relations transatlantiques dans le secteur des services financiers ».

Malheureusement, je devais quitter le débat tôt pour prendre un train pour Rotterdam et la Haye. Malgré cela, le débat s’est avéré très fructueux.

De quoi parle-t-on ?

À la suite de la crise financière mondiale, un vaste ensemble de réformes a été introduit de part et d’autre de l’Atlantique pour rendre le système financier plus stable et plus résilient. Au cours de l’année 2015, la Commission européenne a lancé ce que nous avons appelé le «Call for evidence», un exercice visant à déterminer si les propositions législatives faites après la crise dans le secteur des services financiers remplissaient bien leurs objectifs (soit dit en passant, le 1er décembre, un rapport d’étape de la Commission européenne a fourni une mise à jour de son suivi). De la même façon, la directive du Président Trump introduisant « les principes fondamentaux » de la réglementation du système financier américain (février 2017) a demandé qu’il soit procédé à une évaluation appropriée des règles financières existantes …

Le premier sujet, c’est Bâle.

Dans la mesure où le GHOS pourrait bientôt annoncer un accord sur la finalisation du cadre de Bâle III, nous avons parlé des normes mondiales et des règles du jeu à l’échelle internationale.

Les discussions à Bâle n’ont pas été très transparentes, et pour être tout à fait honnête, personne ne sait ce qu’il y a précisément dans l’accord. La capacité de l’industrie bancaire à évaluer correctement le prix du risque ne peut être encore évaluée à ce stade. Et l’impact du paquet final est pour le moment encore trop incertain (à l’origine, le G20 avait souhaité  que cet impact ne soit pas significatif …).

Enfin, la manière dont la réforme sera mise en œuvre de part et d’autre de l’Atlantique est encore floue, surtout en ce qui concerne les activités de marché.

Tout cela crée des incertitudes vraiment considérables.

Le deuxième sujet, c’est le Brexit.

Un tiers des services bancaires de grande clientèle à Londres concerne des clients de l’UE27. C’est une vaste plaisanterie d’essayer de faire croire que l’UE27 sera incapable de faire face à ses besoins de financement. Mais il est juste de dire que le Royaume-Uni quittant le navire, le principal défi actuellement pour l’UE27 consiste à approfondir l’Union économique et monétaire (UEM).

Dans ce contexte, l’Europe (l’«UE27») doit traiter des questions fondamentales :

  • comment trouver le bon degré de partage des risques (ce que les pays du sud de l’UE veulent simplifier) et de réduction des risques (volonté des pays du Nord de l’UE) ? C’est le but des discussions autour de CRR/CRD;
  • comment attirer les acteurs étrangers incontournables (je n’ai pas résisté au cours de la discussion à la tentation de rappeler à mes collègues américains et britanniques à quel point Paris était une belle ville…), tout en gardant « en même temps » de grands acteurs européens dans le jeu ? Parce qu’au bout du compte, quand il y a une crise, l’argent retourne presque immanquablement dans son  marché domestique.

C’est pourquoi, quand on parle de relations transatlantiques, nous revenons à nos propres responsabilités européennes. Parce que dans la vraie vie, quand vous avez des problèmes avec les autres, surtout quand ces « autres » sont vos amis, c’est toujours plus facile de commencer par faire le ménage devant votre porte.


Iconographie : une carte de l’Océan Atlantique, Londres, 1775, 49.2 x 63.5 cm.


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