Tant de choses en commun

brexit jo cox

Il y a tout juste un an, le 16 juin 2016, la députée britannique Jo Cox décédait après avoir été poignardée à plusieurs reprises à Birstall, un village du West Yorkshire, devant la bibliothèque où elle devait assurer une permanence auprès des électeurs locaux. Thomas Mair, un homme lié à des organisations d’extrême droite, fut reconnu coupable de ce meurtre en novembre et condamné à la réclusion criminelle à perpétuité sans possibilité de réduction de peine.

Le lendemain de sa mort, Nigel Farage, le leader du Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni (UKIP) dévoilait une affiche montrant des migrants à la face sombre se dirigeant doucement vers la caméra, avec le slogan « Breaking Point ». Comme vous le savez, j’aime bien faire des liens entre l’art et la politique, mais je préfère m’abstenir de commenter ici ce à quoi l’esthétique de cette affiche fait politiquement écho…

Jo était une mère, une femme, une humanitaire. Elle était aussi une députée qui se souciait profondément de son parti et qui croyait que la politique pouvait faire la différence, tant au niveau local qu’international. Son engagement honorait la politique toute entière.

Une « bataille de titans » : d’un coté, le Brexit, les victoires de Trump et de Duterte aux Philippines, la victoire du référendum d’Erdogan en Turquie, l’autoritarisme croissant des gouvernements élus en Hongrie et en Pologne. De l’autre, la victoire d’une courte tête du candidat du Parti vert Alexander van der Bellen sur un adversaire populiste lors des élections présidentielles autrichiennes en novembre, la défaite de Geert Wilder aux Pays-Bas en mars et, plus récemment, la victoire d’Emmanuel Macron en France.

Les partisans de la démocratie libérale ont gagné des batailles importantes. Il y a de bonnes raisons de penser qu’ils remporteront une nouvelle bataille en Allemagne cet automne, alors que les Etats-Unis et le Royaume-Uni semblent plonger dans un chaos politique invraisemblable, ce dernier n’étant même pas dans une position politique lui permettant de commencer réellement les négociations concernant le Brexit, un an après le référendum.

Mais parce que la Grande-Bretagne est plus forte avec Europe, et parce que l’Europe est plus forte avec la Grande-Bretagne, le président français a déclaré à juste titre hier que la porte reste ouverte pour que la Grande-Bretagne reste dans l’UE : qui sait après tout ?

Mais quel que soit le résultat final du Brexit, ne nous y trompons pas: le défi ne va pas disparaître, car les préoccupations profondes qui ont alimenté le populisme et conduit à cette situation n’ont quant à elles pas disparu.

La première urgence consiste à améliorer le niveau de vie global des populations en reconstruisant un environnement favorisant une croissance durable dans les économies développées, et en faisant en sorte que les gens sentent que le «système», dans ses représentants comme dans ses institutions, travaille à nouveau pour eux. Et nous devrons bien-sûr clarifier ce que signifie une croissance «durable», avec ses «cinquante nuances de vert».

Dans un deuxième temps, il faudra également fournir aux gens les outils nécessaires pour les aider à comprendre le sens de la « dislocation » qu’ils ressentent. Comme dans une thérapie, il faudra nommer le problème que les gens ont souvent peur de nommer, au lieu de laisser ce rôle aux politiciens d’extrême droite.

«Alors que nous célébrons notre diversité, ce qui me surprend à chaque fois que je voyage dans la circonscription, c’est que nous sommes beaucoup plus unis et que nous partageons beaucoup plus de choses que ce qui nous divise» : Jo Cox croyait en un monde plus altruiste, plus juste et plus tolérant.

Les 16 et 18 juin, la Fondation Jo Cox, créée pour faire avancer les valeurs et les causes pour lesquelles elle s’est battue toute sa vie, organise les plus grandes fêtes de quartier jamais montées depuis les célébrations populaires du Jubilé. Cela s’appelle : « The Great Get Together ». La Fondation et la famille de Jo invitent les gens à se réunir avec leurs voisins autour d’un repas et à célébrer toutes les valeurs qu’ils partagent. Cela peut prendre la forme d’une fête de rue ou d’un barbecue improvisé, d’un pique-nique ou d’une dégustation de pâtisseries. Ce qui compte c’est avant tout de s’amuser et de rapprocher les communautés.

Parce qu’en fin de compte, c’est en rassemblant les communautés et en célébrant tout ce qui les unit que nous mettrons un terme à cette théorie absurde du «nous contre eux».

« Truth Is a Beautiful Thing », le deuxième album studio, écrit et dirigé par le trio britannique London Grammar, est sorti il y a quelques jours: « Tenir votre coeur, tenir votre main serait pour moi, la plus belle des choses … Oh, la vérité est une belle chose « …

Merci Brendan : avec Jo, avec Cuillin et Lejla, vous incarnez parfaitement l’Europe que nous aimons.


Iconographie : le peuple britannique exprimant chagrin et espoir lors de la cérémonie funéraire pour la députée assassinée, Jo Cox, à Londres, Trafalgar Square, le Juin 22 2016. Photographie de Toby Melville / REUTERS


« Think before you print ! »
Vous avez aimé ? Partagez !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *