Trois idées simples à propos du Bitcoin

La hausse spectaculaire du prix du Bitcoin à la fin de l’année dernière a attiré l’attention du public. La bonne nouvelle est que nous commençons enfin à parler de monnaie. Et parler de monnaie, c’est parler de politique.

Permettez-moi de partager trois idées très simples à ce sujet, même si à la fin de ce post, j’aurai plus d’ennemis qu’avant.

Premièrement: le Bitcoin est une monnaie

Il est très étrange de voir des régulateurs ou des banquiers expérimentés expliquer, avec cette arrogance discrète qui les caractérise, pourquoi le Bitcoin n’est qu’une illusion.

L’argent est né il y a des milliers d’années du désir des humains d’échanger des biens. Ils avaient besoin de matériaux rares et solides : ils choisirent des coquillages, de l’or, de l’argent …

Il était une fois (il y a longtemps si vous préférez), les rois, mais aussi les villes, ou les ligues de marchands ont commencé à frapper des pièces de monnaie pour faciliter ces échanges.

C’était le règne des «monnaies métalliques», avec ses nombreux marchands dans toutes les «rues au change» des villes européennes et méditerranéennes. Ce monde était contraint par la nature limitée des stocks de métaux précieux bien sûr. Et ce n’est que lorsque l’Espagne ramena des tonnes d’or et d’argent des Amériques qu’on put voir la croissance de l’Europe reprendre.

C’est pourquoi plus près de nous, à la fin du XIXe siècle et au début du XXe, l’or et l’argent ne suffisant plus à soutenir le dynamisme de l’économie, les billets d’abord, puis la monnaie dite «scripturale» (concrétisée dans des registres puis des comptes électroniques) sont devenus prédominants.

En 1971, le président Nixon a déclaré l’inconvertibilité du dollar en or. En 1999, l’Euro a été créé sans aucune référence « métallique ».

Nous sommes alors entrés dans l’ère de ce que les pays anglo-saxons appellent la monnaie «fiat», une monnaie dont la valeur ne dérive d’aucune valeur intrinsèque ou garantie par sa conversion possible en marchandise de valeur mais uniquement d’une affirmation gouvernementale («fiat» ).

Dans les pays latins, nous préférons utiliser des dérivés du mot latin « fiducia », qui signifie « confiance », pour qualifier ce type de monnaie. Une monnaie «fiduciaire» est censée remplir trois fonctions: un moyen d’échange, une unité de compte et un stock de valeur.

Il est exact de dire que le Bitcoin n’est soutenu par aucun ordre du gouvernement, mais seulement par la foi des fous qui l’achètent et des fous plus fous encore qui l’achètent aux premiers. Mais, pardonnez moi, les dollars américains ou les euros se composent aussi principalement de chiffres dans le cyberespace. Parfois, ils sont stockés dans du papier ou des pièces de monnaie, mais alors que le papier et les pièces de monnaie sont bien réels, les dollars ou les euros qu’ils représentent ne le sont pas.

Et on est donc bien amenés à conclure que dans cette histoire de la dématérialisation, l’idée du Bitcoin – une monnaie par ailleurs limitée par sa rareté – n’est pas absurde: la crypto-monnaie est en quelque sorte à l’ère numérique ce que le billet de banque était au papier.

Pour comprendre un phénomène, chers régulateurs, il est généralement préférable de le nommer correctement.

Deuxièmement: le Bitcoin est une bulle

Ce sera le développement le plus court.

Revenons aux trois fonctions d’une «monnaie fiduciaire»: elle doit constituer un moyen d’échange, une unité de compte et une réserve de valeur.

Pour servir de «moyen d’échange et d’unité de compte», le Bitcoin doit être accepté comme paiement pour un ensemble de biens ou de services suffisamment important. Or, si vous comparez une série chronologique du prix en dollars du Bitcoin au nombre de transactions et à la quantité de biens et services qui sont vendus et achetés grâce à lui, vous ne pouvez que conclure que le prix du Bitcoin a connu une évolution disproportionnée par rapport à son usage réel.

Qu’en est-il de la troisième fonction? Certains suggèrent que le Bitcoin constituerait une valeur «refuge» face aux monnaies nationales «fiat», en particulier celles qui sont exposées au « Quantitative Easing » (QE). Si on pouvait observer une corrélation entre le prix de l’or et celui du Bitcoin, on pourrait bien sûr faire valoir que les investisseurs fuient les devises fiduciaires. Mais ce n’est pas le cas.

On en arrive donc à ce raisonnement adductif bien connu: si quelque chose ressemble à un canard, nage comme un canard, et cancane comme un canard, alors c’est probablement un canard :

Troisièmement: le Bitcoin est un projet politique

Racontée par Bloomberg, l’histoire est vraiment charmante :

« Jane utilise des Bitcoins pour acheter une tasse de café au cybercafé de Sally, en utilisant sa clé privée pour transférer la propriété de la monnaie. L’information sur la transaction est envoyée par le réseau Bitcoin aux « mineurs » et leurs puissants ordinateurs puissants. Ceux-ci procèdent alors à résoudre une équation complexe en combinant les données sur les transactions récentes Le premier à trouver le numéro unique qui déverrouille l’énigme peut classer la transaction dans un lot confirmé, connu sous le nom de bloc. Ce « mineur gagnant » (on pense à la chanson de Renaud … ) se voit rémunérer par l’émission de nouveaux Bitcoins, mais seulement après que d’autres mineurs aient confirmé que les transactions du bloc ne contiennent aucune tentative de double-comptage.

Le «blockchain», puisqu’on l’appelle ainsi, agit comme un registre public montrant toutes les transactions, bien que l’identité des participants reste dans l’opacité. Chaque bloc a un lien cryptographique avec le précédent. Chaque ajout d’un nouveau bloc lié à la chaîne rend plus difficile pour un mineur voyou de voler le Bitcoin de Sally en réécrivant la séquence des transactions.

La fonctionnalité de conception centrale du Bitcoin, qui n’est pas régie par une banque centrale ou une autorité décisionnelle, conduit à ce que la responsabilité de sa distribution soit perdue. Mais quiconque a quelques neurones connectés entre elles, comprend que tôt ou tard, l’industrie minière se concentrera dans quelques mains.

Revenons alors à cette chose très simple : lorsqu’une crise financière majeure éclate, elle est généralement causée par un grand nombre de défauts sur des dettes interconnectées. Une fois ces défauts actés, une grande partie de la masse monétaire disparaît effectivement, charge aux gouvernements de décider de la remplacer ou non. Choisir de ne pas la remplacer par la création de monnaie nouvelle (inflation) devient une décision politique avec des répercussions politiques. Si au contraire, la décision est prise de reconstituer la masse monétaire, comme cela a pu être le cas en 2008 avec le Quantitative Easing (QE), la manière dont cette monnaie se diffusera dans l’économie relève également de choix politiques.

Mais qui prendra les décisions dans ce monde si mignon du Bitcoin?

Réglementons tout cela !


Iconographie: le «trésor des pièces d’or», au Musée de l’Acropole d’Athènes, 662 après JC, Grèce, 30 Avril 2017 (collection personnelle).


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