« Verdir » la finance

Dans un discours marquant «Briser la tragédie de l’horizon» (in english)prononcé lors du City Lloyds Dinner le 29 septembre 2015, Mark Carney a déclaré: « Le changement climatique, c’est la tragédie de l’horizon. Et nous n’avons pas besoin d’une armée d’actuaires pour nous dire que les impacts catastrophiques du changement climatique se feront sentir au-delà des horizons traditionnels de la plupart des acteurs, ce qui imposera aux générations futures un coût que la génération actuelle n’est pas prête à supporter. »

Une transition nécessaire

Les membres des Conseils d’Administration et les dirigeants des grandes entreprises peuvent regarder ailleurs et passer à autre chose, en se concentrant en bons petits comptables sur leurs prochains résultats trimestriels. Mais plus vite qu’on ne le croit, la réalité s’imposera à eux.

Selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), les concentrations de gaz à effet de serre (GES) dans l’atmosphère sont à leur niveau le plus élevé depuis au moins 800 000 ans, et ce phénomène est selon toute vraisemblance la principale cause du réchauffement observé depuis le milieu du 20e siècle.

Les températures sont aujourd’hui au moins 1 ° C. au-dessus des niveaux préindustriels et si les émissions de GES se poursuivent en ligne avec la tendance, nous atteindrons un réchauffement cumulé de 1,5 ° C entre 2030 et 2050. Cela entraînera des modifications durables de tous les systèmes climatiques, augmentant la probabilité d’impacts graves, généralisés et irréversibles sur les personnes et les écosystèmes.

Les phénomènes météorologiques extrêmes ont un impact sur la santé et endommagent les infrastructures et la propriété privée, réduisant la richesse et la productivité. Ces événements peuvent perturber l’activité économique et le commerce, créer des pénuries de ressources et conduire à une réorientation des capitaux d’usages plus productifs vers des activités de reconstruction et de remplacement.

L’incertitude entourant les pertes futures pourrait également entraîner une augmentation de l’épargne de précaution et une réduction de l’investissement.

La transition vers une économie générant de faibles émissions de GES va nécessiter des transfomations rapides et profondes dans les systèmes énergétiques, terrestres, urbains, d’infrastructure et industriels. Les coûts et la trajectoire de la transition évolueront avec le temps en fonction des choix futurs (investissements dans les infrastructures, décision des décideurs, changement de la part des consommateurs pour des choix plus écologiques…). Néanmoins, les coûts estimés de cette transition seront minimes comparés aux coûts qu’induirait l’inaction.

En adoptant en 2015 l’Accord de Paris sur le changement climatique et le Programme de développement durable 2030 des Nations Unies, les gouvernements du monde entier ont choisi une voie plus durable. notre planète et notre économie.

Un appel à l’action

Financer la transition vers une économie verte et sobre en carbone, conformément à l’objectif « bien en dessous de 2 ° C » fixé dans l’accord de Paris, et promouvoir une croissance durable et respectueuse de l’environnement font donc partie des principaux défis de notre temps.

Lors du «One Planet Summit» de Paris en décembre 2017, huit banques centrales et autorités de surveillance ont mis en place un « réseau de banques centrales et d’autorités de surveillance pour le verdissement du système financier » (NGFS). Le NGFS compte aujourd’hui 36 membres et 6 observateurs, représentant 5 continents. L’objectif du réseau est d’aider à renforcer la réponse mondiale requise pour atteindre les objectifs de l’accord de Paris et de renforcer le rôle du système financier pour (i) gérer les risques et (ii) mobiliser des capitaux pour les investissements verts et à faibles émissions de carbone, dans le contexte plus large du développement durable.

Le 17 avril 2019, le GNFS a publié son premier rapport complet intitulé «Un appel à l’action» proposant six best practices non contraignantes visant à faciliter le rôle du secteur financier dans la réalisation des objectifs de l’accord de Paris de 2015.

Quatre recommandations visent à inspirer les banques centrales et les superviseurs (membres ou non des NGFS):

  • intégrer les risques liés au climat dans le suivi de la stabilité financière et la micro-supervision;
  • intégrer des facteurs de durabilité dans la gestion des portefeuilles pour compte propre;
  • partager les données présentant un intérêt pour l’évaluation du risque climatique (CRA), entre les autorités publiques;
  • renforcer la sensibilisation et les capacités intellectuelles et encourager l’encouragement de l’assistance technique et le partage des connaissances.

Les deux dernières recommandations proposent des mesures que les décideurs peuvent prendre pour faciliter le travail des banques centrales et des autorités de surveillance, dont certaines s’appliquent au secteur privé :

  • parvenir à une divulgation solide et cohérente au niveau international concernant le climat et l’environnement, à la suite des recommandations du Groupe de travail sur les divulgations financières liées au climat (TCFD);
  • soutenir le développement d’une taxonomie des activités économiques.

Ces deux dernières recommandations, qui constituent de fait une pré-condition pour agir sur les quatre autres sont déjà bien engagées dans le cadre du plan d’action pour le financement de la croissance durable de la Commission européenne.

La pression passe maintenant au secteur privé.


Iconographie: le gouverneur de la Banque d’Angleterre, Mark Carney, prenant la parole lors du Lloyds City Dinner, le 29 septembre 2015 © site Internet de Lloyds


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