Après Meseberg

Le Brexit, la résurgence de discours populistes simplificateurs, les controverses sur les questions sécuritaires et migratoires, les menaces de guerre commerciale de la part des Etats-Unis fragilisent et questionnent le projet européen. A moins d’un an d’élections à l’issue incertaine, il est urgent d’appeler à une Europe plus forte, plus juste et plus efficace, tant au niveau de ses capacités à financer efficacement l’économie, que du point de vue institutionnel.

C’était le sens et l’ambition de la conférence « Future Europe » organisée le 20 juin par la Banque de France et Société Générale, en partenariat avec Maleki Corporate Group et PwC à Francfort, et ING à Amsterdam. A nos cotés, deux écoles prestigieuses : Sciences Po et la LSE.

Un bon timing, au lendemain de la déclaration de Meseberg, et à la veille d’échéances européennes importantes …

Un format inédit de conférence, fédérant depuis les grandes capitales financières européennes – Amsterdam, Francfort, Londres, Paris – des intervenants d’horizons variés (banquiers centraux, entreprises, décideurs publics…). Pas de frais de déplacements, d’attente dans les aéroports … une conférence « décarbonée » !

Et une parole libre, sur chacun des trois thèmes choisis :

Au même titre que les ambitions affichées en matière d’Europe de la défense, ou de l’industrie, il est temps de se doter de l’ambition de créer une véritable « Europe du financement et de l’investissement ». La finalisation de l’Union bancaire, ainsi que la réalisation d’une Union des Marchés de Capitaux (UMC), y contribueront assurément. Progresser sur ces deux chantiers permettra de bâtir les éléments de convergence économique qui nous manquent encore, notamment sur la question des fonds de pension, l’harmonisation du droit de la faillite, mais aussi en matière de fiscalité, condition clé pour assurer l’équilibre entre responsabilité et solidarité entre Etats membres.

Nous ne pouvons pas non plus aujourd’hui négliger les évolutions liées à la digitalisation ainsi que celles liées à la transition énergétique et à la mise en place d’un cadre pour une « finance verte ». Ces dimensions doivent être considérées comment autant d’opportunités pour que le financement de l’économie européenne soit effectivement durable.

Ensuite, la question du renforcement de l’architecture de la zone euro est indissociable de notre débat sur l’Europe de demain. Alors que la BCE s’apprête à mettre fin à ses rachats d’actifs, la zone euro a besoin d’une Union économique plus forte, qui ne repose pas sur la seule politique monétaire. A cet égard, les orientations budgétaires en cours de discussion seront particulièrement structurantes. Ce sont elles qui déterminent les priorités de l’Europe de demain. Qu’il s’agisse des enjeux de défense, des questions migratoires, de digitalisation ou de finance verte, le budget européen doit évoluer au regard des enjeux auxquels nous sommes confrontés. Ces enjeux fondamentaux appellent à plus d’unité, d’efficacité et de responsabilité démocratique de la part des Etats membres. Cela suppose d’instaurer une gouvernance plus forte, ainsi qu’un usage plus efficace et transparent des ressources allouées.

Avouons le : pouvoir échanger sur ce sujet au lendemain de la déclaration de Meseberg était juste incroyable.

Evidemment, dans un contexte de montée des nationalismes et de tentation protectionniste, notre appel à une intégration économique renforcée peut paraître en décalage avec les revendications qui sont portées. Elle est pourtant essentielle. Les pays européens ne peuvent se défendre isolément dans un monde très compétitif où prédominent les rapports de force entre blocs. Mais nous passerions à côté de l’essentiel si nous n’intégrons pas davantage les dimensions sociétales à nos réflexions pour l’Europe de demain. La recherche de l’intérêt commun ne pourra être effective et porteuse de sens que si elle s’accompagne d’une réelle volonté politique d’inclusion et d’équité. A défaut, le fossé entre l’Europe et ses citoyens continuera de se creuser.

Merci encore à tous les participants !


Iconographie : Future Europe Conference, Banque de France, Paris, 20 juin 2018. De gauche à droite : Ross McInnes, Ramon Fernandez, Denis Beau, Laurent Lascols, Odile Renaud Basso, Jacques de Larosière, (collection personnelle).


« Think before you print ! »
Vous avez aimé ? Partagez !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.