Au fond des bois

Rapide aller-retour hier à Nancy : il y a une dizaine d’années, sous la pression amicale de cousins pourtant éloignés, je suis devenu « Président » d’un Groupement forestier. La tâche n’est pas considérable, un autre cousin assurant la gestion quotidienne. Et puis cela me permet comme hier, de faire mes réserves de macarons et alcool de mirabelle à l’approche de la Saint-Nicolas et de Noël …

En vérité, je suis un très petit porteur : l’histoire de ces acquisitions familiales, un certain nombre de massifs forestiers dans le massif du Donon, a commencé il y a deux siècles, et les enfants étant nombreux, les héritages ont su faire de nous de très modestes propriétaires.

Ces sept-cents hectares de sapinières de montagne, devenus mille ces dernières années du fait d’acquisitions successives, constituent vraiment un terrain d’expérimentation fascinant, celui de la gestion du temps long : nous avons installé cent-mille plants ces dernières années. Ce seront, si les biches n’en font pas au départ leur festin, mes petits enfants – voire leurs propres enfants – qui les feront couper et vendre aux scieurs …

Cette année, un hiver doux, suivi d’un été chaud et sec a fait le bonheur du bostryche, un scolyte endémique dans les Vosges, le Jura et le Canton de Vaud. Nous avons nous-mêmes été peu touchés, l’’insecte ne s’en prenant qu’aux épicéas, une essence peu répandue dans nos propres massifs.

Colonisant généralement les arbres malades, stressés ou récemment abattus, le bostryche creuse des galeries sous l’écorce pour pondre ses œufs. L’arbre meurt et son bois est invendable, sauf à aller très vite et consentir à une considérable décote. D’où, cet automne, une déstabilisation considérable du marché du bois, accentué par un marché du bâtiment neuf atone.

Je ne me réjouis pas que nous ayons été peut touchés : le bostryche n’est pas le seul parasite de la forêt de résineux, et le dérèglement climatique, associé à l’augmentation des échanges mondiaux font apparaitre des espèces exogènes.

Les attaques sur les forêts ne faibliront plus désormais.

La seule parade est dans le « jardinage ». C’est depuis deux siècles la tradition familiale  : des essences diversifiées, pour favoriser une meilleure résilience aux chocs sanitaires et des sols ne s’épuisant pas. Cela ne nous a pas fait échapper à la grande tempête de 1999 mais nous protège de bien des déboires.

Ce type de gestion est contraire à celui du laisser-aller. Contrairement à ce que l’on croit, un espace naturel laissé à l’abandon ne se dirige pas naturellement vers un écosystème diversifié. Quelques espèces deviennent endémiques, puis une seule, sujette alors aux chocs sanitaires et écologiques les plus violents. De grands financiers ont tenté de se lancer dans la gestion de forêts en y important d’autres approches … ils le paieront au prix fort.

Hier, nous sommes allés déjeuner dans le merveilleux décor art nouveau de l’Excelsior, juste en face de la gare. Emile Gallé, la figure majeure de cet art, fondateur et premier président de l’École de Nancy en 1901, avait inscrit à la porte de son atelier de Nancy cette devise : « Ma racine est au fond des bois« .

Finalement, les forestiers nous apprennent ce que devrait être le travail de la régulation dans les autres domaines. Car il en va de l’économie comme de la forêt : le laisser-aller conduit à la domination de quelques espèces, puis d’une seule, puis de la crise.


Iconographie : comptages « humains » dans une forêt privée du Donon. Depuis cette année, l’usage de drônes facilite ce travail auparavant fastidieux (collection personnelle)


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