Beaumarchais, l’insolent

J’attends avec une forme d’impatience le cadeau qu’Eric Orsenna nous promet pour le cœur de l’été : Beaumarchais. Un aventurier de la liberté sortira en librairie le 14 août.

Avec Beaumarchais, Eric Orsenna partage, pour reprendre la jolie introduction d ‘Anna Sigalevitch hier dans « le Mag de l’été » sur France-Inter « le goût de l’aventure, des voyages, de la politique, de l’économie, de la littérature, et surtout de la liberté … ».

Je repense aussi au film d’Edouard Molinaro, Beaumarchais, l’insolent il y a plus de vingt ans déjà ! Fabrice Luchini s’y coule avec une aisance tellement évidente dans le personnage : haut en couleurs, dramaturge bien sûr, mais aussi horloger, espion, armateur, et marchand d’armes !

Et puis cette « folle journée » !

Je ne sais si l’histoire est avérée : le prince de Conti, l’un des personnages clefs de l’opposition princière à Louis XV, mécène à ses heures, est mourant. Ayant trop abusé des plaisirs de la chair, il ne lui reste que peu de temps à vivre. Il reçoit Beaumarchais et lui rappelle sa promesse d’écrire une suite au Barbier. Beaumarchais, alors qu’il n’est pas croyant, lui conseille de recevoir les sacrements. Le prince accepte, en échange du renouvellement de la promesse du dramaturge.

Ce sera La Folle journée dont on retient aujourd’hui ce qui n’était alors qu’un sous-titre Le Mariage de Figaro, une pièce pétillante et pleine d’esprit, inspirée des comédies de Molière. La pièce passe pour révolutionnaire bien que son personnage principal, Figaro, semble davantage enclin à tirer parti d’un système existant qu’à en bousculer les fondements. Elle constituera le livret de l’un des opéras les plus étourdissants de Mozart.

Achevée en 1781, ce n’est qu’à l’issue d’un bras de fer avec la censure royale que la pièce est jouée au théâtre du Luxembourg en présence du comte de Provence. On est alors en 1784.

Mais, alors que se joue la première, le roi – Louis XVI – se fait lire la pièce par son épouse, et est choqué d’une des répliques finales de Figaro. Cette réplique, les lecteurs du Figaro en connaissent bien le début : « sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur … ». Ils connaissent moins la suite de la phrase : «Il n’y a que les petits hommes qui redoutent les petits écrits. »

Une modernité époustouflante : il y a tant de « petits hommes » aujourd’hui encore …

Le Roi commet alors une lettre de cachet (appelée aussi lettre close ou lettre fermée) donnant ordre d’emprisonner Beaumarchais. Alors que ce dernier profite du triomphe de la première, des gardes royaux viennent l’arrêter.

Plusieurs mois passent. Le roi, jugeant que l’emprisonnement a assez duré, décide de libérer Beaumarchais. Celui-ci refuse, à moins que le roi n’ordonne la reprise du Mariage de Figaro, et que son Conseil au complet y assiste. Louis XVI accède à cette requête …

La Révolution Française n’est plus très loin …

Vivement mercredi !


Iconographie : Jean-Marc Nattier, Portrait de Beaumarchais, 1755 © collection particulière, Londres.


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