Bienvenue dans le super-âge !

Dans quelques semaines, Eurostat publiera la mise à jour de son analyse « démographie européenne et vieillissement de la population ». La zone euro entrera alors dans le club très tendance des sociétés dites «super-vieillissantes», selon la définition couramment utilisée par les Nations Unies (une société où 20% au moins des citoyens sont âgés de 65 ans ou plus).

En se fondant sur cette définition, c’est le Japon, qui est devenu le premier pays super-vieillissant au monde, en 2006, suivi quelques années plus tard par six pays européens. En 2020, le monde comptera 13 pays « vieillissants », principalement en Europe, et d’ici 2030, ce seront 34 pays qui seront entrés dans cette catégorie, dont Hong Kong, la Corée, les États-Unis et le Royaume-Uni.

Cela étant, le vieillissement ne concerne pas seulement les pays développés, comme on a facilement tendance à le croire. De nombreuses économies émergentes sont déjà qualifiables de « vieillissantes » (plus de 14% des citoyens âgés de 65 ans et plus). Et certains d’entre eux connaissent une détérioration rapide de leur démographie, parfois plus rapide que dans les économies développées.

Pour en revenir au phénomène du vieillissement de manière globale, le paysage actuel est le suivant (les chiffres des pays européens étant supposés avoir été mis à jour en juin 2017):

Pays % de citoyens ayant 65 ans et plus 
Japon 27.3
Italie 22
Grèce 21.3
Allemagne 21.1
Portugal 20.7
Finlande 20.5
Bulgarie 20.4
Eurozone (19) 19.9
Suède  19.8
Lettonie  19.6
Union européenne (27)  19.2
Croatie  19.2
Estonie 19
Lituanie 19
Malte 19
Serbie 19

 

Les impacts économiques du vieillissement sont bien connus et concernent essentiellement l’augmentation du « taux de dépendance »: en effet, si l’âge de la retraite reste fixe et l’espérance de vie augmente, il y a relativement plus de personnes réclamant des prestations de retraite et moins de personnes travaillant et payant des impôts . Cela a pour conséquence d’alourdir la charge de travail de la population active, indépendamment des modalités – privées ou publiques – de redistribution de la richesse entre les générations.

On pourrait cyniquement affirmer que la baisse du taux de natalité qui en découle implique un moindre nombre de jeunes … qui présentent le double inconvénient d’avoir besoin d’éducation et de ne pas payer d’impôts ! Mais en réalité, le coût net des retraités est supérieur au coût net représenté par les jeunes de moins de 18 ans.

C’est pourquoi l’équation ne peut être résolue que de trois manières : on peut alternativement ou cumulativement:

  • augmenter l’âge de la retraite (à condition de traiter équitablement les travailleurs qui ont eu des conditions de travail pénibles au cours de leur vie);
  • augmenter la productivité de la population active, ce qui implique d’investir dans l’éducation avant et pendant la vie active, de créer un écosystème favorisant l’innovation, y compris sociale, et de résoudre le problème du chômage dans les pays qui en souffrent le plus;
  • s’appuyer sur l’immigration, qui concerne principalement des personnes en âge de travailler, mais cette dernière est devenue de plus en plus impopulaire dans les pays développés, avec des effets politiques potentiellement explosifs. C’est vrai aussi au Japon, une société fortement attachée à sa « cohérence » culturelle.

Au-delà des réponses gouvernementales en termes de politique publique, la manière dont la société japonaise traite la question du vieillissement mérite d’être examinée de plus près.

Hier soir, j’ai dîné avec une de mes amis que je connais depuis plus de trente ans, et qui vit à Yokohama: elle m’a expliqué comment elle était engagée avec sa communauté locale pour essayer de donner des réponses concrètes au défi du vieillissement qui touchait sa ville.

Le Conseil japonais des ONG sur le vieillissement (JANCA) propose quelques principes de base qui devraient inspirer toute politique publique concernant les personnes âgées. Ces principes sont regroupés dans ce qu’ils appellent une « Charte pour les personnes âgées »:

  • la dignité individuelle des personnes âgées doit être aussi respectée que celle des autres générations;
  • il est essentiel que les personnes âgées aient une vie active, ce qui implique que la société puisse donner aux personnes âgées la possibilité d’utiliser pleinement leurs capacités;
  • la société doit être agréable et vivable pour toutes les générations et les personnes âgées doivent utiliser leurs expériences et participer activement à des activités bénéfiques pour la société toute entière, notamment le bien-être social, l’amélioration de l’environnement, le développement communautaire, l’enseignement de la culture et le développement des échanges internationaux;
  • les personnes âgées doivent travailler pour se maintenir physiquement en forme et ce afin de pouvoir mener leur vie de façon autonome, au sein par exemple d’une communauté locale (ce qui implique le développement de centres de santé et de réseaux de promotion de la santé);
  • créer une société où les gens peuvent vivre en paix indépendamment de leurs capacités physiques et sociales ; il est recommandé que la construction de maisons et de communautés dites « sans barrière » représente une part prépondérante des futurs travaux publics;
  • les systèmes de sécurité, tout comme les pensions, les soins de santé et les soins de longue durée, doivent être construits de manière globale, dans un esprit d’entraide, tout en garantissant une charge équitable et un fonctionnement efficace sans que cela ne freine la vitalité de la société; les bénéficiaires de ces services doivent supporter une partie des dépenses dans la mesure du possible, tandis que leur droit à l’auto-détermination doit être respecté autant que faire se peut ;
  • il est recommandé de développer des systèmes d’apprentissage tout au long de la vie afin de soutenir les nombreuses vies que peuvent connaître les personnes âgées; de plus, des systèmes doivent être développés pour que l’expériences et la sagesse des personnes âgées puissent servir utilement à l’éducation des enfants et des jeunes plus généralement.

Ces principes font clairement écho à l’idée d’une société japonaise douce, pacifique et bienveillante, et à son profond respect pour les générations plus âgées. Ils peuvent cependant être une source d’inspiration pour nous, pays occidentaux.

Il n’est jamais facile de parler de vieillissement, tant cela nous ramène immanquablement à notre propre condition.

Permettez-moi alors de rappeler ces paroles de Shimon Peres, ancien Premier ministre Israélien: « Je fais de mon mieux pour être aussi jeune que mes rêves, mais surtout pas aussi vieux que mon histoire ».

Bienvenue donc dans une société certes « super-vieillissante », mais aussi jeune que ses rêves!


Iconography : Des visiteurs dans les Jardins Est du Palais Impérial à Tokyo, 9 mai 2017, collection personnelle.


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