Dunkerque

Lorsque nous vivions à Londres, et alors que ma femme parlait en français avec nos enfants dans un bus, une femme assez agée les approcha, se présentant en français. A peine quelques minutes plus tard, elles se racontaient leurs vies … et bientôt, la femme lui raconta son incroyable histoire.

Elle était d’origine française, née à Dunkerque au milieu des années vingt. Au début de la Seconde Guerre mondiale, elle était une jolie – c’est mon imagination qui parle – adolescente, et avec sa troupe de scouts, elle était engagée dans l’aide aux soldats britanniques dans leur incroyable opération d’évacuation …

L’opération avait été décidée alors que de nombreux soldats britanniques, français, belges et canadiens se retrouvaient coupés et encerclés par l’armée allemande, lors de la bataille de France. Sans le dire aux Français, les Britanniques commentèrent à planifier, dès le 20 mai 1940, ce que l’on appela l' »Opération Dynamo ».

Le premier jour de l’évacuation, seuls 7 669 hommes furent évacués, mais à la fin du huitième jour, 338 226 soldats au total avaient été secourus par une flotte de plus de 800 bateaux assemblée à la hâte. Une grande variété de petits navires venus de tout le sud de l’Angleterre furent mis en service pour faciliter l’évacuation de Dunkerque. Ils comprenaient des bateaux à moteur, des bateaux de la Tamise, des car-ferries, des bateaux de plaisance et de nombreux autres types de petits bateaux. Les plus utiles se sont révélés être les embarcations de sauvetage à moteur, qui avaient une capacité et une vitesse assez satisfaisante. Certains bateaux furent même réquisitionnés à l’insu de leur propriétaire ou sans son consentement !

À un moment donné, alors que l’adolescente se retrouvait piégée sous le feu nourri des Allemands, un soldat britannique la hissa dans sa petite embarcation pour la protéger. Elle ne pouvait pas revenir sur la plage. Et ce qui devait arriver arriva : elle se retrouva à Douvres. Ses parents ne savaient pas ce qui lui était arrivé à l’époque et pour ne pas les mettre en danger, elle ne leur donna pas de nouvelles pendant quatre ans!

La suite de l’histoire est plus classique : elle tomba amoureuse d’un jeune étudiant en médecine anglaise, et l’épousa à la fin de la guerre … avant une longue et heureuse vie à Londres.

La presse britannique a présenté l’évacuation comme un « désastre tourné en triomphe » avec un tel succès que Churchill a dû le dire au pays dans ce discours entré dans l’histoire sous le nom de « Nous nous battrons sur les plages » à la Chambre des communes le 4 juin : « nous devons faire très attention à ne pas d’attribuer à cette délivrance les attributs d’une victoire. Les guerres ne sont pas gagnées par les évacuations. « 

Elle est probablement une femme très âgée aujourd’hui ! Je ne sais même pas si elle est toujours en vie.

Est-ce qu’elle a vu ou va voir le film ? « Dunkerque » a été présenté en première mondiale le 13 juillet 2017 à l’Odeon Leicester Square à Londres. Il devrait sortir en France demain, le 19 juillet, deux jours avant sa sortie générale au Royaume-Uni et aux États-Unis.

Je vais aller le voir à coup sûr : deux heures pour se rappeler à quel point la Grande-Bretagne est un grand pays avec lequel nous avons encore tant à faire, si ce n’est à travers une « défense européenne », en tous les cas, pour la défense de l’Europe.


Iconographie: soldats britanniques sur la plage, dans « Dunkerque », du producteur et réalisateur britannique Christopher Nolan, sortie en juillet 2017.


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