In Love with Lou

Le film a été présenté au Festival du film de Shanghai en juin dernier, juste avant sa sortie dans les cinémas allemands. Intitulé «In Love with Lou» pour sa sortie dans les pays anglophones, réalisé par la réalisatrice, auteur et productrice allemande Cordula Kablitz-Post, il décrit la vie compliquée de Lou Andréas-Salomé.

Je l’ai vu dans mon vol de retour de Tokyo, il y a deux semaines. Une occasion d’écouter cette langue allemande adorée aussi … heureusement, sous-titrée en anglais !

Co-écrit par Kablitz-Post et Susanne Hertel, le scénario prend le parti de raconter l’histoire en se plaçant dans les années 1930 en Allemagne, quand Lou Andréas-Salomé (Nicole Heester), malade, seule, mais toujours aussi vivante, s’efforce d’écrire ses mémoires aidée d’un jeune érudit.

Salomé est née en 1861 à Saint-Pétersbourg. Son père était un général de l’armée et elle avait quatre frères. Bien qu’elle ait été plus tard attaquée par les nazis en tant que « juive finlandaise », ses parents étaient en fait descendants de huguenots de France et du nord de l’Allemagne.

À l’âge de 17 ans, Salomé (interprétée à cet age par Liv Lisa Fries) persuada le pasteur néerlandais Hendrik Gillot, âgé de 25 ans, d’enseigner la théologie, la philosophie, les religions du monde et la littérature française et allemande.

J’ai souri quand, au début du film, à cette adolescente vive, au regard lumineux, apparemment prête à tout, Gillot dit : «Si tu es sérieuse dans la philosophie, commence par le grec»«Aristote par exemple» .

Aristote ! Encore !

Aucune raison de sourire en réalité : la fin du film révèle à quel point cette relation prit une tournure dramatique après que le pasteur, marié avec des enfants de l’âge de Salomé, ait tenté d’abuser d’elle, lui causant un traumatisme psychologique qui rendrait ses relations avec les hommes à tout jamais très difficiles. En fait, elle promit alors de ne plus jamais tomber amoureuse et de renoncer définitivement à toute expérience érotique …

Dans les années qui ont précédé la Première Guerre mondiale, de nouvelles idées se sont répandues en Europe : les philosophes ont posé des questions radicales sur notre place dans le monde. Les romanciers et les dramaturges abordaient des problèmes sociaux rarement abordés auparavant; et les psychologues trouvaient des couches de mémoire, jusque-là inconnues, jusque dans l’inconscient humain.

H. Peters, l’un des premiers biographes de Salomé, a souligné que, si de nombreux philosophes modernes prêchaient la liberté de l’esprit, elle était la seule à la vivre. Et elle n’avait besoin de personne pour cela. À vingt et un ans, elle s’était tout simplement jurée de « faire sa propre vie à sa guise, quoi qu’il en advienne. … Pas de principe à représenter, mais quelque chose de beaucoup plus merveilleux, quelque chose qui est en soi et qui est brûlant de pure vie, qui se réjouit et veut sortir. »

Le film raconte cet affrontement entre autonomie et intimité, une histoire très moderne dans la vie de tant de jeunes femmes qui travaillent aujourd’hui. « Est-ce que tu te refuserais la plus belle chose de la vie? » lui dit un Rilke passionnément amoureux d’elle.

Considéré comme l’un des intellectuels les plus influents d’Europe, Lou Andreas-Salomé a jeté des ponts entre différents univers, philosophie, littérature, psychologie, en apportant une contribution à chacun d’eux.

En 1911, elle se rendit à Vienne pour demander conseil à Sigmund Freud. Grâce à son aide, elle put découvrir le traumatisme juvénile qui avait tant perturbé sa capacité à construire des relations. Elle et Freud devinrent finalement amis et Lou Andréas-Salomé commença sa carrière en tant que l’une des premières psychanalystes, devenant finalement l’une des plus célèbres.

Derrière l’histoire psychologique, le film présente des intérieurs d’époque et des paysages luxuriants joliment reconstitués. On y découvre ces capitales européennes que j’aime tant : Zurich, le seul endroit en Europe où une femme pouvait étudier la philosophie à l’époque, Rome, Vienne, Berlin …

En 1936, quelques jours avant sa mort à Göttingen, lieu inoubliable pour les fans de la chanteuse française Barbara, la Gestapo confisqua sa bibliothèque: elle était une collègue de Sigmund Freud, pratiquait la « science juive » et possédait de nombreux livres par des auteurs juifs dans sa bibliothèque !

Une femme européenne fascinante: une écrivaine, une muse, une féministe et une « femme fatale » qui a rencontré et influencé d’importants penseurs tels que Friedrich Nietzsche, Sigmund Freud et Rainer-Maria Rilke, qui sont finalement tombés amoureux d’elle … pour leur chagrin .


Iconographie: Liv Lisa Fries incarnant Lou Andreas-Salomé à 17 ans dans « In love with Lou », du réalisateur allemand Cordula Kablitz-Post, parue en juin 2016.


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