Le drapier d’Assise

C’est la cinquième des vingt-huit scènes du cycle des histoires de Saint François, dans la basilique supérieure d’Assise. Attribuées à Giotto, ces fresques ont probablement été peintes entre 1295 et 1299.

Un jour de 1206, pour l’avoir vu faire main basse sur son argent pour restaurer une église délabrée, Pietro di Bernardone traina son fils sur la place publique. Voulant s’en remettre au jugement de l’évêque d’Assise, il provoqua en réalité la décision définitive du Saint d’abandonner le domicile familial et de renoncer du même coup à ses biens et ses droits à héritage.

A gauche Pietro Bernardone, le père de François, le visage contracté, est retenu par le bras. Il a le poing fermé et soulève sa robe comme s’il voulait se jeter sur son fils, un véritable « geste de parole », les bourgeois se déployant derrière lui. De l’autre côté, Saint François, dépouillé, se tourne vers son Père celeste, l’évêque couvrant au mieux sa nudité et d’autres religieux le suivant.

La scission nette de la scène est en réalité le symbole des positions irréconciliables des deux camps, une métaphore du passé et du présent de François.

De cet épisode, l’un des seuls connus de la vie de Pietro di Bernardone, Michel Sauquet a commis en  2016 un magnifique récit, « Le drapier d’Assise », la lettre d’un père à son fils pour lui dire sa colère et son désarroi. Et sa vaine tentative de comprendre. Avec cette question restée pendante : est-il possible que ce saint si lumineux n’ait jamais cherché à se réconcilier avec son père ?

En épigraphe de son ouvrage, l’auteur a voulu citer Bernanos : « Ma vie est déjà pleine de morts. Mais le plus mort des morts est le petit garçon que je fus. Et pourtant, l’heure venue, c’est lui qui reprendra sa place à la tête de ma vie, rassemblera mes pauvres années jusqu’à la dernière, et comme un jeune chef ses vétérans, ralliant la troupe en désordre, entrera le premier dans la Maison du Père ».

Une jolie lecture d’été.


Iconographie: Giotto di Bondone, dit Giotto, « Saint François renonçant aux biens matériels », 1295-1299, fresque, 230 × 270 cm © Basilique supérieure, Assise, Italie.


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