Le Troisième Concerto

… L’ouverture du Concerto pour Piano n ° 3 de Rachmaninoff : un thème simple, délicat, rêveur, modéré, avant d’entrer dans une phase plus expressive, plus affirmée. Tout le premier mouvement oscille entre ces deux états, à la manière de Chopin, entre mélancolie et méditation. Ce premier thème revient au milieu et à la fin du mouvement, avant une conclusion d’une austérité un peu surprenante.

Rachmaninoff a composé ce concerto en quatre mois durant l’été 1909. Bien qu’il l’ait fait dans le cadre paisible de la propriété de sa famille, Ivanovka, c’est pour moi la musique d’un exil. Il l’a achevé le 23 septembre 1909, juste avant de partir pour les États-Unis. Contraint par le temps, Rachmaninoff ne put pas pratiquer la pièce en Russie. L’histoire raconte qu’à la place, il l’a travaillée sur un clavier silencieux emporté avec lui sur le paquebot pour les États-Unis.

Le concerto a été créé pour la première fois le dimanche 28 novembre 1909 par Rachmaninoff lui-même. Il a reçu une deuxième représentation, dirigée par Gustav Malher le 16 janvier 1910, une expérience que Rachmaninoff « a chéri » comme il l’a dit lui-même.

Rachmaninoff a décrit plus tard la répétition à Riesemann:

«A cette époque, Mahler était le seul chef d’orchestre que je jugeais digne d’être classé avec Nikisch. Il s’est consacre au concerto jusqu’à ce que l’accompagnement, plutôt compliqué, soit parfait, au prix d’une interminable répétition. Selon Mahler, chaque détail de la partition était important – une attitude trop rare parmi les chefs d’orchestre. … La répétition devait se terminer à 12h30, mais nous avons joué et joué, bien au-delà de cette heure, et quand Mahler a annoncé que le premier mouvement serait repris, je m’attendais à une certaine protestation de la part des musiciens. Mais non ! Pas remarqué un seul signe d’agacement : l’orchestre a joué le premier mouvement à la perfection, peut-être meilleure encore que la fois précédente. »

La musique des déracinés est très touchante. Encore une fois, pensez à Chopin, qui a quitté la Pologne à l’âge de 20 ans pour ne jamais y revenir : son travail est entièrement irrigué par la nostalgie. Ce concerto de Rachmaninoff me semble être le dernier ouvrage romantique, quelques années seulement avant que l’Europe ne sombre dans le vingtième siècle

C’est probablement tout ce qui fait que l’interprétation de ce concerto par Kathia Buniatishvili est si émouvante …

Son site officiel donne quelques clés : « Khatia, née à Batoumi, en Géorgie, près de la mer Noire, le jour le plus long de 1987, connaît le prix de la liberté et de l’indépendance et comprend l’énergie nécessaire pour se tenir debout dans la vie. Au cours de la période chaotique de son pays, les parents de Khatia ont dû faire preuve de beaucoup d’ingéniosité pour faire face à la pauvreté, et sa mère, qui lui a fait découvrir la musique, a confectionné de magnifiques robes pour ses deux filles. Les soeurs ont vu sous leurs yeux un modèle de créativité pour sourire devant l’adversité. »

Khatia Buniatishvili est avant tout un rire joyeux, un visage qui a gardé les courbes de l’enfance, ce qui rend plus touchant encore son côté glamour. Eclatante de beauté dans sa robe de sirène quand elle apparaît sur la scène : fière de sa jeunesse et de son amour de la vie.

Puis elle épouse le piano : mélancolie, raffinement, respiration, et une virtuosité incroyable …

Merci Madame d’avoir choisi de devenir française en 2017 !


Iconographie: Khatia Buniatishvili © Esther Haase,


« Think before you print ! »
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