Matricule #78651

D’après Google Analytics, 60% des lecteurs de ce blog ont moins de 35 ans et j’avoue ne pas trop savoir ce que représente Simone Veil pour les jeunes Européens. Ce que je sais en revanche, c’est qu’hier, pour la toute première fois de ma vie, j’ai signé une pétition de change.org : elle demandait de l’enterrer au Panthéon, en reconnaissance de la nation française. Et cela mérite quelque explication.

Au-delà de sa beauté et de son courage, elle représentait tant pour nous !

Pour beaucoup, Simone Veil est la personne qui a fait le plus pour les droits des femmes au milieu des années 70 en France. A l’époque, elle proposa et défendit au Parlement français la loi légalisant l’avortement. Aujourd’hui, même si les femmes n’ont pas en tête tout son parcours, elles se souviennent de son nom chaque fois que le droit à l’avortement et à la contraception sont discutés.

Je n’étais alors qu’un enfant, mais je me souviens avec précision de ces jours de 1974, et du débat sur l’avortement : la violence se tourna vers Simone Veil et sa famille avec d’évidents relents d’antisémitisme. Cela venait de tous les côtés, des députés au Parlement, de lettres anonymes envoyées à son bureau ou sa maison. Les remarques les plus odieuses comparèrent la légalisation de l’avortement à l’Holocauste.

Mais aussi cruciale et symbolique que fut la « loi Veil », elle ne résume pas sa contribution aux droits des femmes, et plus généralement à la société française.

De 1957 à 1964, en tant qu’administrateur pénitentiaire, elle remarqua que, bien que le nombre de femmes détenues soit nettement inférieur à celui des hommes et qu’elles ne présentent pas de problèmes de discipline importants, les conditions de leur incarcération étaient beaucoup plus répressives. Elle agit alors pour améliorer la façon dont elles étaient traitées. Pendant la guerre d’Algérie, elle réussit à regrouper les femmes détenues algériennes et à leur permettre de poursuivre leurs études.

En tant que directrice des affaires civiles, un poste d’où elle pouvait influer très directement sur les droits et le statut des femmes, elle institua le double contrôle parental sur les questions juridiques familiales, renforçât les droits des mères et de leurs enfants nés de pères non déclarés et l’accès des femmes à l’adoption.

Au ministère de la Santé, elle se battit pour mettre fin à diverses formes de discrimination à l’égard des femmes, en élargissant la couverture santé, les allocations mensuelles pour les soins aux enfants, les prestations de maternité.

Elle était de la génération de mes parents. Ce n’est pas le lieu ici d’évoquer l’histoire de ma propre famille, mais à bien des égards, je me sens comme beaucoup d’entre nous, orphelin à nouveau.

Née à Nice le 13 juillet 1927 (elle allait avoir 90 ans), Simone (Jacob était son nom de famille à l’époque) fut arrêtée par les nazis à la fin de mars 1944. Son arrestation conduisit à l’arrestation de toute sa famille.

Elle fut déportée avec sa mère, Yvonne et une soeur, Milou, à Auschwitz-Birkenau, puis à Bergen-Belsen.

Arrivée à Auschwitz, Simone se vit tatouer le numéro d’identification # 78651. Le tatouage était appliqué à la partie supérieure gauche de la poitrine avec un timbre spécial avec les numéros à tatouer composés d’aiguilles.

Sa sœur aînée, Denise, qui était entrée dans la Résistance française au début de la guerre, fut à son tour arrêtée et déportée à Ravensbrück, mais en tant que résistante, pas en tant que juive.

André, son père, et Jean, son frère, furent déportés le 15 mai 1944 dans le «convoi 73», composé de 878 hommes juifs qui, de Paris-Bobigny, furent emmenés pour des raisons encore obscures à ce jour, à Tallinn, en Estonie.

Aucun chercheur n’a été capable de déterminer ce qui est arrivé à André et Jean. Yvonne succomba au typhus en mars 45, à Bergen-Belsen, quelques jours avant la libération du camp. Les trois sœurs survécurent et furent libérées au début de 1945, même si Milou devait mourir de façon dramatique quelques années plus tard.

Intervenant à l’issue de la projection d’un documentaire sur le travail de sa vie au Festival international du film féminin de Créteil en 2005, Simone Veil déploya, une fois encore, son extraordinaire charisme à l’endroit d’auditoires de tous âges et origines. Ce jour là, elle rendit hommage à sa mère, en décrivant sa bravoure à tout moment et en particulier pendant l’internement à Auschwitz :  » On me demande souvent ce qui m’a donné la force et la volonté de continuer le combat. Je crois profondément que c’était ma mère: elle n’a jamais cessé d’être présente à moi, à côté de moi « .

Madame Veil, avec nos amis allemands, et avec tous les peuples européens partageant nos valeurs, nous continuerons vos combats. Et vous n’arrêterez jamais de nous être présente, à nos côtés.


Iconographie: Simone Veil, sans date (ou pour toujours), photo Abaca.


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