Thank you America !

Ici en Europe, nombreux sont ceux qui se réjouissent de voir les Etats-Unis sortir du chaos dans lesquels les a plongés le Président Trump pendant quatre ans.

Je ne crois pas pour tout dire qu’en se guérissant du symptôme, les Etats-Unis se soient débarrassés de la maladie.

Cette dernière, qui résulte de l’abandon des classes moyennes dans la mondialisation dépasse d’ailleurs largement les Etats-Unis et fait peser sur nos élites démocratiques une écrasante responsabilité pour préparer l’avenir.

Mais pour quiconque se préoccupe des sujets de climat et d’environnement, il est difficile de ne pas se réjouir de l’arrivée à la maison Blanche de Joe Biden et Kamala Harris.

La première décision du nouveau Président élu a été d’annoncer le retour des Etats-Unis dans les accords de Paris.

J’entends déjà les pessimistes, qui vont nous expliquer que sans le Sénat, rien ne lui sera possible, que dans un système fédéral, le Président se trouve cantonné dans un rôle d’arbitre, etc… Ce n’est pas totalement faux et c’est d’ailleurs ce qui nous a sauvé du pire pendant quatre ans !

C’est cependant sous-estimer l’énorme effet symbolique et d’entrainement que ce retour des USA sur la scène climatique internationale peut avoir.

Selon le Climate Action Tracker (CAT), le plan Biden – qui vise des émissions nettes nulles pour les USA en 2050 – et les politiques associées se traduiraient par des réductions d’émissions cumulées entre 2020 et 2050 d’environ 75 Gt CO2eq.

Ces réductions d’émissions conduiraient à une diminution du réchauffement de la fin du siècle d’environ 0,1 ° C par rapport à l’estimation que fait actuellement le CAT au niveau mondial.

Parallèlement, le CAT avait estimé que les nouveaux objectifs chinois étaient susceptibles de réduire le réchauffement de la fin du siècle de 0,2 à 0,3 ° C.

Avec l’élection de Joe Biden, la Chine, les États-Unis, l’UE, le Japon, la Corée du Sud – les deux tiers de l’économie mondiale et plus de 50% des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES) – se trouvent ainsi engagés dans la logique de Paris, même si leurs stratégies climat nous conduisent encore vers un monde à + 3°C pour cet ensemble de pays.

Et en élargissant le périmètre aux 126 pays qui ont fait des annonces similaires sur les émissions nettes nulles, on couvre 63% des émissions mondiales.

Alors oui, ces élections nous ont aussi rappelé que les Etats-Unis ont une structure fédérale, beaucoup pouvant être fait au niveau des villes et des Etats. Mais on pourrait s’en réjouir car depuis Elinor Ostrom, on sait bien que la gestion des biens communs peut aussi être conduite de façon efficace au niveau local.

Dès le 1er juin 2017, suite à l’annonce du retrait des accords de Paris par Donald Trump, deux initiatives avaient été prises :

  • Les gouverneurs de Californie, de New-York et de l’Etat de Washington annonçaient la création de la United States Climate Alliance. Elle réunit aujourd’hui 25 gouverneurs selon une géographie d’ailleurs assez proche du vote Biden même si sa composition est bipartisane. Cet ensemble d’Etats représente environ un quart des émissions de gaz à effet de serre des Etats-Unis.
  • En parallèle, dans le cadre de Climate Mayors, le maire de Los Angeles, Eric Garcetti avait réuni 61 signataires, maires de grandes villes, s’engageant à travailler dans le sens de l’accord. Ils ont aujourd’hui 468 maires représentant 74 millions d’américains :

Source : climatemayors.org

Alors bien sûr, l’Europe doit continuer d’avancer sur la question de la décarbonation. Mais, sauf à douter définitivement de nos démocraties, il serait absurde de sous-estimer l’impact de cette élection américaines sur la capacité de nos « Nations Unies » à retrouver des trajectoires climat viables.

Il y faudra certainement de la vigilance : nombre d’Etats, de grandes entreprises et d’institutions financières – dopées depuis des décennies au charbon et au oil and gaz – risquent d’avoir encore du mal à s’engager résolument dans la bonne voie même si leur communication s’y est pliée.

A la jeune génération de continuer de pousser dans ce sens !


Iconographie : célébration de l’élection de Joe Biden et Kamala Harris, Los Angeles, USA © Eric Yeich


 

 

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