« L’illusion de la Finance Verte »

Julien Lefournier et Alain Grandjean publient aux éditions de l’Atelier « L’illusion de la Finance Verte ».

Ils ont l’un et l’autre une vraie légitimité sur le sujet : Julien Lefournier a fait toute sa carrière dans les activités de marchés. Alain Greandjean est un spécialiste reconnu de ces sujets. Avec Pascal Canfin, il avait remis en juin 2015 au Président de la République de l’époque un rapport intitulé « Mobiliser les financements pour le climat ».

Celui-ci proposait une feuille de route intégrée du financement d’une économie 2 °C autour de quatre piliers : signal prix carbone, financement des infrastructures bas carbone, rôle des banques de développement et intégration du risque climat dans les réglementations financières. Il comprenait des propositions concrètes concernant le FMI, la Banque mondiale, le Conseil de stabilité financière, le Comité de Bâle ou les banques centrales, qui quoiqu’on en dise, ne sont pas complètement restées lettre morte …

Mais assez paradoxalement, les travaux de l’époque sont à la source de bien des malentendus que « L’illusion de la Finance Verte » dénonce aujourd’hui.

Bien nommer l’objet

Il faut d’abord pardonner aux co-auteurs ce terme de « Finance Verte », et avec deux majuscules s’il vous plait ! Même si comme l’écrivait mon cher Camus dans une étude publiée en 1944 « mal nommer un objet, c’est ajouter au malheur du monde », il faut bien vivre, et le terme est tout de même plus vendeur que celui de « finance durable » (en minuscules), utilisé par les professionnels du secteur.

Le vrai terme donc, est celui de « finance durable », qui désigne une finance intégrant dans ses considérations un souci de critères dits  ESG (pour Environnement, Social et Gouvernance), à partir de deux boites à outils principalement :

  • une information plus complète et plus transparente (ce qu’on appelle les « disclosures »)
  • une compréhension partagée de ce qui est « durable » et ce qui ne l’est pas  ( la « taxonomie »).

Évidemment, ce mot « finance durable » en minuscule fait moins « «grand soir» que la « Finance Verte » en majuscule, mais il désigne mieux un objectif déjà très ambitieux : solutionner, par une transparence accrue, cette « tragédie des horizons » qu’évoquait Mark Carney dans son discours aux Lloyds en 2015 (voir « Verdir » la Finance, publié ici en juin 2019).

 Transparence avant tout

Partant du postulat que les marchés financiers ne sont pas efficients, Alain Greanjean et son co-auteur ne peuvent guère donner crédit à des initiatives comme la TCFD (Taskforce on Climate-related Financial Disclosure) ou la TNFD (Taskforce on Nature-related Financial Disclosure), qui non seulement partent d’un postulat en partie opposé, mais en plus émanent largement du secteur privé.

Même vision sévère vis à vis des efforts du régulateur qui relèvent de la même recherche de plus de transparence : article 173-VI de la loi Transition Énergétique et Écologique, refonte passée de la Non-Financial Reporting Directive (NFRD) ou plus récemment décret d’application de l’article 29 de la loi Energie-Climat, et annonce d’une future Corporate Sustainability Reporting Directive (CSRD)…

Bien sûr, on a le droit de ne pas croire à l’efficience des marchés, on a le droit de ne pas être dingue de l’initiative privée, on a même le droit de ne pas aimer les financiers.

Mais le « récit » que les auteurs contestent – à juste titre – d’une finance censée provoquer la transition écologique et énergétique, voire sauver le monde, en vérité, personne de sérieux ne le tient.

Au moment de la consultation sur la stratégie de finance durable de l’UE, il y a un an, j’ai publié ici trois notes de position passées à la Commission Européenne : deux sur la finance durable à proprement parler (taxonomie et disclosures), et une sur l’internalisation du prix du carbone dans l’économie et dont le titre était en fait assez explicite : « Le prix du carbone : la seule vraie question »

J’ai donc bien des points d’accord avec ce livre même si je laisse à Gaël Giraud la responsabilité de le qualifier de « phare dans le brouillard et la confusion constamment entretenus autour des marchés financiers et de l’écologie ».

Mais vous l’avez compris, je suis un peu plus nuancé … et moins négatif qu’eux, dès lors qu’on précise de quoi on parle.


Iconographie : 3 décembre 2015, « Ice Watch », par Olafur Eliasson et Minik Rosing, Place du Panthéon, Paris © Martin Argyroglo


 

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